Pitié, laissez les Macbook d’Apple dans leur coin

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Lors du Premier Samedi du Libre de ce début d’avril, j’ai eu à m’occuper d’un MacBook Air de 2015, qui avait déjà été « libéré » avec une installation de Debian 9 quelques mois avant, mais dont il manquait encore quelques morceaux. Et le constat est le suivant : lâchez l’affaire avec les machines Apple pour y mettre du Linux, prenez autre chose.

A une époque, Apple a presque été Linux-friendly, en proposant BootCamp, que l’on peut décrire comme un mécanisme permettant nativement l’installation d’un autre OS à côté de MacOS, le système maison. Mais ça, c’était avant, donc maintenant il faut bricoler comme un porc pour installer autre chose. Et le support du matériel, c’est pas encore ça.

La personne vient nous voir parce qu’il lui manque encore des choses. Sans blague. La première question porte sur la webcam. Dans un premier temps, vu qu’on est sur un noyau qui date pas mal, je me dis naïvement que basculer sur un noyau plus récent fera l’affaire. La manière la plus simple de procéder est d’installer les backports, rétroportage en bon françois, qui sont, pour Debian, un moyen de récupérer les paquets de la prochaine version mais pour la version en cours. On passe ici d’un noyau 4.9 à 4.19, un sacré bon en avant.

Pas de problème particulier au reboot, mais toujours pas de webcam détectée, pire, le Wi-Fi a disparu. Ah ben oui, c’est un Broadcom, on retrouve donc le même problème que pour les machines Dell, le support passe par la récupération à la main du firmware binaire et la compilation manuelle du pilote, sachant que c’est associé à la version du kernel, donc raté. Au passage, l’installation du kernel 4.19 m’a installé également apparmor, je ne connais pas bien ce LSM et ses impacts sur le système, surtout quand il n’est pas installé de base, donc j’ai tout désinstallé et retour à la case départ.

J’attaque donc les recherches. La webcam est identifiée comme une Apple Facetime Camera, pourquoi pas, en effet le support semble misérable, je ne trouve pas grand chose via Qwant et finit par me rabattre sur Google, ou je tombe sur un post de Jean-Baptiste Favre qui a bossé sur un support initial, qui consiste une fois de plus à extraire le firmware binaire, encore lui, de la caméra depuis un package Apple, et à créer le module à injecter dans le noyau pour présenter la webcam aux applications. J’ai donc tenté le coup, et ça a parfaitement fonctionné, juste pensez à lire la doc jusqu’à la fin pour que ça survive à un reboot.

On en vient alors au problème de l’utilisateur, les services, l’usage qu’il en fait. Avant d’installer autre chose que MacOS, il aurait fallu se poser des questions. Bon, Skype est supporté sous Linux, on est face à du simili-Electron, et il s’avère que c’est un problème : si la webcam fonctionne parfaitement dans Cheese, on est face à un écran noir dans Skype. Basculer sur la preview ne change rien. Il s’avère que c’est un bug dans Chromium qui détecte mal les paramètres de la caméra (résolution, fréquence). Un test rapide sous Jitsi Meet dans Firefox montre que c’est vraiment limité à Skype, donc on arrête là et y’a plus qu’à attendre que Microsoft apprenne à faire des applications multi-plateformes sans se reposer sur une merde pareil.

Question suivante : Spotify (attendez c’est pas fini). Bon là même motif, il existe une application native sous Linux, Electron certainement quand on voit la tronche, avec un dépôt pour gérer les mises à jour. En fait l’installateur initial de Debian avait déjà pas trop mal fait son taf, comme pour Skype qui est aussi installé via un dépôt dédié, c’est la meilleure méthode pour pouvoir suivre les mises à jour. Et ça fonctionne parfaitement, donc au moins ça c’est bon.

Et à la fin, on me demande Whatsapp. Là c’est raté, il faut se rabattre soit sur la version web, soit continuer à l’utiliser sur téléphone. Ah non, la personne utilisait aussi Google Photos, elle a tout rapatrié mais la gestion par dossier c’est pas top apparemment (et c’est pas forcément faux). Le temps de conseiller Shotwell, mais comme j’utilise pas j’ai du mal à guider l’utilisation, on verra bien si c’est exploitable pour quelqu’un qui a plus l’habitude.

Reste un tout dernier point : la personne me dit qu’avant elle tenait 12h en batterie, mais qu’avec Debian, ça dépasse rarement les quatre. Ah ben oui, là encore il fallait peut-être se renseigner avant, mais je pense qu’il y aurait un peu de taf à faire, garder le noyau 4.19 et refaire le taf du wifi et de la webcam, installer TLP, ça peut éventuellement se faire plus tard. Les machines Apple sont réputées avoir de l’autonomie uniquement avec MacOS, c’était déjà vrai à l’époque de BootCamp, donc pas de raison que ça change, Apple est justement reconnu pour la parfaite intégration entre son matériel et son logiciel, modifier un des paramètres de l’équation c’est forcément altérer le résultat. Ici on récupérerait certainement pas les 12h, mais 4 c’est certainement trop faible et il serait facile je pense d’obtenir 7h sans trop d’effort, mais le temps était compté.

Faisons donc un bilan : le « client » n’a pas fait l’inventaire de ses usages (propriétaires) avant de savoir ce qu’il allait perdre, on ne l’a pas forcément bien guidé sur le sujet, n’a pas été correctement conseillé sur les dangers de virer MacOS (autonomie, support), n’a pas été correctement conseillé sur la distribution, car pour moi une Ubuntu avec un support matériel plus récent et adapté aurait été plus efficace, mais qui n’aurait pas changé la nécessité d’installer manuellement à renfort de compilation le support pour la webcam et la carte Wi-Fi. Il a tout de même de la chance que le reste est stable, et qu’il ne manque pas grand chose au final à ses besoins. C’est un exemple parfait de ce que je déteste dans le monde des « installateurs » dans ces évènements, qui ne pensent pas à l’utilisateur, celui qui est perdu face à tout ça.

J’ai repris un des participants sur le sujet d’ailleurs : une personne fraîchement sortie d’une formation en développement web qui demandait de l’aide pour créer des Github Pages. « Mais ça devrait être évident elle est dev web, elle connait les outils », ben non, pas automatiquement, surtout Github Pages qui est une fonctionnalité que peu de développeurs utilisent face à la masse d’utilisateurs du service et les millions de dépôts qui le peuplent. Par contre la documentation devrait être facile à suivre, donc soit la formation était mauvaise, soit je pense que la personne était en reconversion et que donc formation ou pas, certains éléments et outils comme Git et par extension les Github Pages, ce n’est pas automatique ou facile à utiliser quand on a déjà du réapprendre à son cerveau à encaisser de nouvelles connaissances parfois sans rapport avec son activité précédente. Et c’est loin d’être évident, il faut donc rester compréhensif, ne pas juger la personne, analyser ses blocages, et l’accompagner. Le problème dans ce cas n’est pas technique, il est humain.

Comme j’oscillai entre mon utilisateur de Macbook et mon propre Chromebook que j’ai enfin récupéré (article à venir, c’est incroyable ce que GNUtoo a du subir pour y arriver), je n’ai pas pu me pencher sur le sujet, j’aurais apprécié justement ce qui aurait permis de confirmer d’où venaient les difficultés (et apprendre à utiliser les Github Pages au passage).

Bref, pour en revenir au titre, si vous devez choisir un ordinateur portable de qualité, qui tienne la route en batterie et que vous souhaitez l’utiliser sous Linux, laissez tomber Apple, d’autres fabricants sont plus accessibles déjà financièrement parlant, et avec une qualité de matériel tout aussi respectable (malgré plus de plastique). Je pense évidemment à Lenovo pour être propriétaire d’une de leurs machines, qui me satisfait pleinement au quotidien, mais il n’est pas seul (je suis passé par Acer puis LDLC, j’avais eu un peu de difficultés avec mon HP de 2006), le seul mot d’ordre est d’avoir une machine qui a idéalement entre deux et trois ans, certes c’est pas toujours la panacée pour la batterie qui a déjà du vécu, mais pour s’assurer un support le plus complet possible sans bidouiller, c’est nécessaire, car à moins d’être suffisamment calé pour utiliser ArchLinux ou un de ses dérivés, qui propose en permanence les dernières versions des logiciels, noyau en tête qui est la colonne vertébrale du support matériel, et donc permet un meilleur support (et encore, je pense à Tonton Fred qui a pleuré pendant quelques mois pour avoir la carte graphique Radeon de son nouveau PC parfaitement stable, et pourtant AMD est un bon élève de l’open-source), à moins donc d’utiliser Archlinux, il faut batailler parfois pour avoir un support au moins stable de toute la bécane; et encore, la situation maintenant est bien meilleure qu’il y a dix ans.

Et si vous n’êtes pas convaincu qu’une machine récente sous Linux c’est pas la joie, je vous laisse relire l’épopée de La Vache Libre, dont le nouveau PC lui aura redonné le goût de ce qui m’a fait découvrir son blog, le partage d’applications confidentielles mais diablement pratiques pour nos OS réfrigérés 🙂

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yabb85

Je recommande l’asus ux430uar il fonctionne parfaitement sous linux. Après achat j’ai évité la debian car matériel très récent et j’en ai profité pour tester une fedora 28. Tout a marché nickel excepté le lecteur d’empreintes. Depuis il a migré en fedora 29. Ça a été vraiment une belle expérience j’ai trouvé une bonne machine et la distribution m’a bien plus.