Mon Chromebook est libre, mais la route fut longue

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Lors de ma vidéo de démontage du Chromebook, il était dans un mauvais état : mes tentatives pour me débarrasser de ChromeOS s’étaient soldées par des échecs cuisants, je m’étais donc tourné vers un professionnel de la libération de matériel, Denis alias GNUtoo. Mais ses premiers essais avaient mis la machine en PLS. Rien n’était cependant définitif, et j’ai donc laissé le patient dans les mains du toubib, qui a mis du temps, mais il y est arrivé.

Ce qu’il faut savoir, c’est que les Chromebook sont des machines qui exploitent un « firmware » basé sur Coreboot. Coreboot c’est bien, c’est censé être ouvert, mais dans le cas précis présent, tout a été fait pour détourner la philosophie première de l’outil pour verrouiller le plus possible la machine afin que seul ChromeOS démarre, depuis le stockage interne uniquement. Mais vraiment, si certains Chromebook laissent facilement les développeurs et bidouilleurs dégommer ChromeOS (commandes logicielles ou switch matériel), dans mon cas rien n’y a fait.

GNUtoo connaît bien Coreboot : ses deux laptops Lenovo l’utilisent, il contribue au projet, et c’est une vraie brutasse technique à des années lumière des humains, à tenter de libérer tout ce qu’il touche : son téléphone tourne sous Replicant, il a même tenté de flasher le firmware d’un fer à souder parait-il (et non, je n’ai pas écrit cet article un premier avril). J’avais évoqué qu’étant donné l’échec de toutes les tentatives habituelles pour le déplomber, j’étais passé à l’étape supérieure, pour être plus précis, c’est GNUtoo qui a commencé à monter en gamme, avec une première tentative de recompiler le coreboot en l’état, et à l’injecter en se branchant matériellement sur la puce qui gère son stockage, qui s’est soldée par un échec. Loin de le décourager, je lui ai laissé la machine pour qu’il puisse s’en occuper plus longuement, et même si la machine était définitivement perdue, en apprendre le plus possible restait intéressant.

Alors si vous êtes suffisamment tordu, son cheminement complet est résumé sur cette page. En très résumé, Il a fallu tenir compte d’une spécificité dans le partitionnement du Coreboot d’origine, et pour avoir un clavier fonctionnel au démarrage, il a embarqué avec Coreboot une version de SeaBIOS modifiée pour fonctionner avec des Chromebook justement. Sa particularité actuelle est de ne supporter que le boot sur USB, ce qui est déjà une victoire en soi puisque c’était ce qu’on cherchait à avoir au départ. Bon par contre, en bon extrémiste qui se respecte il a testé avec Parabola Linux, qui est une Arch dégraissée de tout ce qui n’est pas strictement libre, ce qui veut dire plus de la moitié des pilotes. Et ça s’est ressenti puisque pas de Wi-Fi, pas de son, pas de touchpad. Mais bon, ça, comment dire, je commence à avoir l’habitude.

Le samedi même, j’ai tenté d’installer une Ubuntu 16.04.05 (iso utilisée pour faire des tests sur powerline.bash), parce que c’est ce que j’avais sous la main, et le touchpad et le Wi-Fi sont fonctionnels. J’ai évidemment zappé le coup du /boot sur USB, ce qui veut dire que ça ne démarre pas dessus, mais quand j’ai voulu redémarrer sur ma clé Ubuntu pour refaire l’installation, celle-ci n’a jamais voulu redémarrer, systemd reste coincé sur une tâche sans limite de temps d’exécution. J’ai lâché l’affaire, étant déjà bien occupé sur le Macbook dont vous avez pu lire la situation si vous êtes un habitué, j’ai préféré revoir ça à la cool chez moi.

Je me suis finalement tourné vers Manjaro, tout le monde tombe d’étonnement devant ce choix, pas tant que ça en fait vu que c’est celui que j’ai fait il y a un peu plus de cinq ans désormais, et que je n’ai pas l’intention de m’en débarrasser. Lui a démarré sans problème en mode live, et ce coup-ci j’ai pu partitionner comme il faut, avec un /boot sur une clé USB, ainsi que le chargeur de démarrage GRUB dessus. C’est un setup intéressant finalement, si je retire la clé, on ne peut plus démarrer la machine, enfin si mais pas l’OS, une forme de simili-sécurité, pour peut qu’on ajoute le chiffrement. Une fois démarré on peut retirer la clé USB (penser à démonter le /boot avant), attention tout de même en cas de mise à jour à bien la rebrancher et monter la partition au bon endroit.

(un partitionnement un peu complexe, mais qui fait le taf)

Résultat, presque tout fonctionne : le Wi-Fi (j’avais zappé mais super bonne nouvelle ça supporte le Wi-Fi AC), le clavier qui est reconnu comme un azerty standard (quelques touches en moins évidemment), le touchpad. Par contre, le son, s’il parait présent, n’est en fait pas correctement détecté. Mes recherches préliminaires semblent montrer que je n’ai pas fini d’en chier apparemment, mais bon, après tout ce n’est pas son premier usage, donc j’ai le temps de trouver une solution si toutefois elle débarque. Pour info, j’utilise le noyau 4.14 actuellement, et c’est le seul problème que j’ai. Mais c’est tout de même dommage les enceintes embarquées sont de très bonne qualité.

Dernière note, quand je vous avait fait la présentation de la bête dans ma réflexion sur l’usage d’un tel appareil, j’avais indiqué un certain niveau de matériel, et notamment 32Go de stockage, il s’avère que les présentations trompeuses d’Amazon, doublées de mon manque de vigilance à la commande, font que je n’ai que 16Go, en allouant 3Go au swap (avec un Firefox à l’embonpoint facile, c’est préférable), il ne reste qu’un peu plus de 12Go, et une fois Manjaro et quelques logiciels installés, et en retranchant l’espace réservé (j’ai juste 400Mo de gagné en descendant à 1%), la conso est déjà de 70% (en comptant le 1.5Go de cache de pacman). Je vais donc devoir être très vigilant et profiter au max de stockages externes dès que je peux.

It’s alive !!!

Donc pour conclure, et ça m’emmerde de le dire, évitez les Chromebook autant que possible. Le contrôle que vous pourrez avoir dessus est trop aléatoire, et une fois libéré vous ne serez pas à l’abri d’un souci avec le bon support du matériel. Et comme je l’ai dit ça m’emmerde, parce que souvent les Chromebook sont des bécanes particulièrement bien équilibrées à prix très contenu, avec une autonomie de dingue et une qualité de fabrication pas dégueulasse. Et le mien a cet autre avantage d’avoir un écran de très bonne qualité, mat. Et surtout, tout cet article ne serait pas possible sans GNUtoo, que je ne sais pas vraiment comment remercier à sa juste valeur pour tout le travail qu’il a fourni pour améliorer Coreboot et me permettre de reprendre le contrôle du matériel. Mais après tout, comment remercier une personne qui trouve le moyen, un samedi soir post PSL, quand tout le monde déguste de la bière par pinte, de se commander un chocolat chaud ? 🙂

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Pierre
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Je ne vois pas le soucis avec le chocolat chaud personnellement 🙂

Matthieu Mailhot
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Matthieu Mailhot

Question bête: Je ne comprends pas. Pourquoi acheter un chromebook pour enlever chrome OS ?