Smartphone : dois-je conseiller un iPhone ?

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Vous n’aurez pas l’édito tout de suite, j’ai un sale comportement sur certaines images que j’arrive pas à résoudre

Ce titre volontairement incomplet pour ne pas être trop long devrait être « Dois-je conseiller un iPhone au grand public non technicien ? » Moi, utilisateur presque exclusif d’Android depuis 2010, et adorateur de Firefox, oui, je commence à me poser la question. Et j’aimerai partager la réflexion qui y a mené.

Un monde à deux visages, où le client n’est pas le roi

L’environnement Android est à la fois merveilleux et terrifiant. Merveilleux, parce que la gratuité du système a permis de proposer une quantité monstrueuses d’appareils à prix abordable et aux capacités toujours plus intéressantes, parfois à un rythme un peu trop soutenu.

Terrifiant, parce qu’à l’image, sur nos bons vieux PC, de Windows, ultra-majoritaire attaqué de partout par différents virus, chevaux de Troie, et plus récemment les rançongiciels (ce terme est dégueulasse), avec une part de marché de 70% (et même 80 quand on se limite à la France), le système d’exploitation mobile de Google est devenu une cible de choix pour l’atteinte à notre sécurité.

Et les politiques des différents acteurs n’aide en rien à améliorer la situation. Je m’explique : en dehors des Nexus et autres Pixel, Google ne fait pas le téléphone, juste le système d’exploitation, le logiciel de base. Logiquement, ses efforts se concentrent sur des versions récentes, malgré tout les mises à jour de sécurité sont parfois rétro-portées jusqu’à Android 4.4 KitKat qui pourtant commence à sentir la naphtaline (le rapport de sécurité de Google mentionne bien les versions mises à jour).

Mais Google ne met pas à jour votre téléphone directement comme le fait Microsoft sur PC. Chaque constructeur vend son téléphone avec une version personnalisée du système, à différents niveaux, et c’est à eux de récupérer les mises à jour, d’intégrer leurs modifications et de pousser les corrections aux possesseurs de leurs appareils. Une opération qui a un coût, et comme les fabricants sortent de nouveaux modèles tous les 6 mois ou presque, on vous poussera plutôt à acheter un nouvel appareil disposant d’une version plus récente plutôt que de maintenir un appareil qui « ne rapporte plus rien ».

Oui mais même un smartphone moyen voire bas de gamme n’arrête pas de fonctionner au bout d’un an (la situation sur le haut de gamme n’est guère plus reluisante). Pire, cette envie de vous faire prendre le nouveau modèle est une mauvaise excuse, parce que sa situation n’est pas toujours rose et beaucoup sortent encore avec une ou deux versions de retard du système (Android 8 vient de sortir, et des modèles sortent encore là en ce moment avec la version 6, et on parle pas d’un obscur fabricant puisque c’est Samsung qui vous vend un A5 « 2017 » avec un OS ancien).

Par dessus ça, dans beaucoup de pays, et notamment en France, le principal canal de distribution des smartphones reste l’opérateur de téléphonie mobile. Point de réflexion sur le mode de financement plus que discutable, ici le problème supplémentaire qu’ajoute cet intermédiaire est qu’il vous vend une version modifiée de l’appareil. Pas d’un point de vue matériel, mais logiciel : en plus du simlockage, souvent les opérateurs rajoutent leur marque et certains logiciels maison par dessus la version déjà modifiée par le constructeur (qui en plus doit valider ces modifications supplémentaires pour les distribuer ensuite). Et là, même un constructeur bon élève sur le marché sera handicapé par un opérateur qui préférera vous faire renouveler votre téléphone (et votre emprisonnement engagement pour 24 mois) plutôt que dépenser de l’argent sur un truc qui ne rapporte rien.

Des alternatives compliquées

Même les plus aguerris pourraient avoir du mal à contourner ce problème. Les opérateurs et les fabricants verrouillent de plus en plus souvent leurs appareils pour, officiellement, empêcher l’installation de logiciels malveillants, avec comme justification courante l’intégration du paiement au cœur du système (ou des DRM dans le cas de Netflix notamment), dans la pratique un système alternatif qui lui serait à jour et sous le contrôle de l’utilisateur. Quand bien même un tel système alternatif existe globalement (LineageOS étant l’un des plus connus, étant le descendant de CyanogenMod), le portage pour un appareil particulier repose essentiellement sur la volonté du fabricant des composants principaux de fournir des pilotes de gestion matérielle pour une version donnée. Malgré tout, une telle installation n’est pas à la portée du commun des mortels : qui comprend la phrase « il faut rooter le téléphone, déverrouiller le bootloader puis reboot sur TWRP, flasher ta rom et installer les gapps » sans être technicien, quand la plupart ne sont même pas conscients d’utiliser Chrome en navigateur Web (d’ailleurs c’est quoi un navigateur) ?

Je suis bien évidemment conscient que la cible de ma réflexion n’est pas non plus un modèle du genre en matière d’hygiène numérique, mais quitte à commencer quelque part, autant leur donner un bon outil, tout comme on essaie de trouver la « juste » distribution Linux pour les personnes que l’on assiste au Premier Samedi du Libre. Et un bon outil qui ne coûte pas un bras en matière d’Android est pratiquement mission impossible. Et ce n’est pas moi qui le dit, même si le retour de Nokia pourrait aider un peu si les promesses sont tenues. Pour autant, il est compliqué de conseiller un appareil neuf dernière génération qui coûte plus qu’un salaire pour pratiquement la moitié de la population de ce pays. Mais il est facile de disposer d’un appareil ayant jusqu’à deux ans d’ancienneté, à un prix beaucoup plus abordable, et qui pourtant continuera de bénéficier de mises à jour pendant encore plus longtemps que la majorité des équivalents « robotiques » fraîchement sortis des usines chinoises.

Pour autant que je puisse en juger, le fait que beaucoup d’applications soient payantes contrairement à Android (où moi-même je n’ai jamais payé une seule application, mais je suis un bon élève en matière d’usages) permettrait également de limiter l’obésité de merdasses en tout genre installées sur l’appareil qui le rendraient inutilisables au bout de deux mois; et c’est du vécu, et pas qu’une fois, je sais que ce n’est pas un mythe. Si cette barrière pouvait représenter un des moyens d’ouvrir « un premier chakra » vers une utilisation plus responsable de son appareil, étant donné l’importance qu’il prend chaque jour un peu plus dans nos vies, ça sera une petite victoire. Pour l’instant la politique d’Apple n’appelle pas à abuser de ce que vous leur confiez, les marges sur les appareils étant suffisamment larges pour ne pas avoir à refourguer au plus offrant tout ce qu’ils peuvent détenir. Contrairement à Android, où la plupart de ce que vous utilisez gratuitement se fait sur le dos de votre vie, de votre comportement.

Maintenant, reste l’éducation plus large : quand on me demande de réparer l’écran d’un smartphone pour un gamin de 7 ans, qui m’a déjà rapporté de l’argent grâce à deux réparations d’écran de l’ordinateur portable des mêmes parents, le combat est peut-être ailleurs. Il n’y a malheureusement pas d’alternative crédible à une utilisation saine d’un smartphone à l’heure actuelle (non, le Librem 5 de Purism n’est pas une alternative crédible pour le grand public), et l’éducation de personnes qui ne veulent pas faire l’effort de comprendre les enjeux de la numérisation de leur vie est un combat qu’il sera difficile de mener sans outil. Ou peut-être sans exemple majeur, dans le sens catastrophe globale, qui impactera directement les personnes (un carrefour dangereux ne sera jamais aménagé tant qu’un fils de préfet, de conseiller général, que sais-je, n’aura pas été touché par un drame). Sur iOS, le Celebgate n’a pas plus que ça réveillé les consciences sur le problème de la sécurisation de ses accès en ligne et de l’utilisation du « Claoude », et les piratages de comptes en lien avec les fuites de données de services privés sont devenus banal.

On va dire que je vieillis, mais n’est-ce pas nos grands-parents qui avaient tendance à nous dire qu’il nous faudrait une bonne guerre pour ressaisir le sens des priorités ? Tout le monde s’accorde à dire que c’est impensable, et pourtant, vu le futur qu’on se trace actuellement, rien n’est moins sûr. C’est quoi déjà le statut Facebook préféré des ados qui sont encore inscrits dessus ? « C’est compliqué »? Ça résume bien…

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3 Commentaires sur "Smartphone : dois-je conseiller un iPhone ?"

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Azlux
Invité

Attention a l’exemple avec le A5 de samsung.
Ils livrent les maj, tard … mais ils les donnent. Ils sont passé en android 6 depuis qq semaines par exemple.

Az

Cyrille
Invité

Tu as totalement raison et il est d’ailleurs regrettable de voir la mort de Windows Phone qui était la seule alternative crédible avec un véritable suivi de l’OS fourni par Windows. Apple a mauvaise presse dans le monde francophone du libre et pourtant effectivement, les produits sont de qualité, tout comme le service après vente et le suivi des appareils, comme tu le dis, on n’a pas non plus l’impression de vivre avec un backdoor permanent ouvert vers la Chine. Reste quand même la question du prix, l’autre alternative peut-être c’est tout simplement de se passer de smartphone.

jijio
Invité

Google fait fabriquer ses smartphones, il ne fabrique rien lui-même.
Il « fabrique » juste Android.