Ubuntu Paris, Jour 1

Twitter Facebook Google Plus Linkedin email
closeCet article a été publié il y a 3 ans 9 jours, il est donc possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être expirées, les commandes ne sont peut-être plus valides.

Comme je l’ai indiqué plus tôt la semaine dernière, je me suis rendu ce week-end à l’Ubuntu Party qui se déroulait à la Cité des Sciences à Paris. Deux jours où je suis entré dans un monde fait de partage, de guide, d’expériences, et de polos Orange. Retour donc sur la première journée.

11h15 : arrivée à la Cité des Sciences

Je passe la sécurité, malgré une valise un poil encombrante qui dérange un peu (et je les comprend en ce moment), ensuite ça se passe niveau -1. Cela faisait au bas mot vingt ans que je n’étais pas venu ici, je ne me souvenais pas d’autant de livres : on traverse ce qui semble être des kilomètres de rayonnage de bouquins, vous n’auriez pas assez d’une vie pour tous les lire. Bref, on arrive entre, à gauche la partie ateliers d’installation/aide, à droite les stands associatifs : Open Food Facts, Mozilla (pour Firefox{,OS}), Framasoft, La Quadrature du Net (à qui j’ai donné 50 brouzoufs il n’y a pas longtemps), April, Wikipedia. J’avais prévenu que je venais juste en visiteur, sans le chercher, je me retrouve rapidement assis à côté de Genma, hyperactif encore ce week-end puisqu’il représente Framasoft (oui, moi, assis au stand Framasoft, alors que j’ai pas fait mes devoirs sur tout ce qu’ils font), à discuter accessibilité, formations, et aussi FirefoxOS et avec le voisin. À peine arrivé que les conversations sont déjà intéressantes, sur une vision différente de l’informatique au sens large. Et je tente de répondre à des gens qui posent des questions sur Framasoft, qu’au final je me rend compte connaître très mal malgré que cela fasse longtemps. Je m’excuse donc auprès des framasoftiens « pur sang » si je ne vous ai pas super bien représenté. Je ferai mes devoirs la prochaine fois 😉

12h30: migration d’une école sous Ubuntu

Peu de personnes au début, une trentaine, beaucoup plus après une demi-heure (sont-ils restés bloqués au stand d’install ?). On parle donc d’un prof qui a sué sang et eau pour virer Windows XP du parc d’un peu plus d’une centaine de machines. Désolé pour lui, mais son accent anglais est assez dur à suivre au micro, mais Genma est là pour rattraper en traduisant en Français (je vous l’avais dit, hyperactif, et c’est pas fini).

Les arguments « pour » sont connus : réutilisation du matériel existant, sécurisation face à la mauvaise utilisation par les personnes, compatible avec la plupart des outils éducatifs (tel tableaux numériques). L’opportunité : la fin du support d’XP, budget restreint (donc pas de passage à 8/10, tant mieux pourrait-on dire), possibilité d’éducation à autre chose que Windows et OS X.

La migration s’est révélée plus difficile pour les enseignants que les enfants, plus naturellement curieux et attirés par l’image hacker « cool » qu’il se dégage derrière « Linux ». D’ailleurs, deux ans après, certains de ces enseignants son toujours en formation.

La clé de la réussite du projet : impliquer les personnes intéressées dès le début, solliciter la communauté (et notamment des profs d’autres écoles également intéressés), la formation des profs, la communication (le passage à Ubuntu a fait parler de lui dans la région), de la persévérance, de la pertinence (car oui, parfois le libre ne fait pas tout), la formation des profs (oui, deux fois, c’est probablement pas encore assez). Aussi, la migration s’est faite en plusieurs étapes : d’abord les logiciels, puis l’OS.

Uniformiser au maximum l’interface pour ne perdre personne en route est aussi un gros élément à ne pas perdre de vue (une seule variante pour tous les ordis). La réflexion se tient jusque dans le jeu d’icônes (qui na’ jamais entendu « t’as pas Internet ? » s’ils ne voient pas l’icône d’IE ou de Chrome ?). Avec des personnes qui sont déboussolées quand l’interface d’Android change (et ça vaut aussi pour les plus « avertis »), ce n’est vraiment pas un point anodin.

Quelques chiffres tout de même : 120 ordinateurs libérés, 1200 élèves, 35000€ qui ne sont pas investis en licences d’utilisation mais sur l’éducation elle-même (supports, activités), des ordinateurs plus stables, une visibilité qui donne des idées à d’autres structures, similaires ou non. Deux ans pour migrer tout ça, des difficultés avec l’administratif, tel l’ENT (Espace Numérique de Travail), avec obligation d’installer Internet Explorer, seul navigateur supporté, par Wine (je n’imagine pas l’horreur). Temps passé : countless.

Il y a un par contre un aspect contamination : les parents découvrent et veulent avoir la même chose. L’association des parents d’élèves a même lancé une install party pour les parents et enfants, ce qui fait de nouvelles personnes à promouvoir.

Un point sur lequel j’ai pu discuter avec Fernando : il n’a jamais cherché à mettre en avant la philosophie, juste le fait qu’il y avait autre chose que Windows et que ça marchait au moins aussi bien, voir mieux. Le point final qui me confirme que j’ai en face de moi la version espagnole de Cyrille Borne : un mec qui passe un temps incommensurable à faire le bien sans saouler les gens. Mais parfois sans que ceux-ci s’en rendent vraiment compte.

Update : Genma a publié la retranscription de la conférence sur son blog. Faîtes vous plaisir.

13h30 : pause Miam/hôtel

Oui parce que j’avais pas envie de trimballer ma valise toute la journée, et que j’avais pas envie de rater le coche pour la chambre. Pour info, j’ai réservé sur B&B Porte de la Villette, qui se trouve à moins de dix minutes à pied de la Cité. Pour une cinquantaine d’euros, j’ai une chambre avec un lit deux places (je suis grand, c’est pas du luxe), des prises à gogo, et du Wifi dont je ne peux pas encore parler à cette heure, parce qu’il faut aller manger. Par feignantise je choisis le McDo qui se trouve juste à côté de l’entrée.

De retour aux affaires, je glane un peu, observe les gens, les ateliers, je rate la conf’ Logiciel libre et accessibilité à cause de ma pause miam. En « consolation » je cause Wikipedia au stand éponyme avec un contributeur, en fait, y’a un paquet de projets autour, dictionnaires, base de contenus « réutilisables » (dont les droits le permettent)… Je crois que je vais définitivement me créer un compte, même si mes contributions seront certainement très discrètes. J’essaierai une nouvelle fois de pousser ma mère, véritable Encyclopediae Universalis en puissance (l’ancêtre de Wikipedia), à aussi créer un compte et contribuer. Même la traduction d’articles ne lui posera pas énormément de problèmes. Parce qu’en fait, les contributeurs échangent régulièrement, vous pouvez poser des questions quand vous êtes perdus, on vous répond toujours.

Et finalement, je reste dans le coin associatif pour voir la prez suivante…

16h : FirefoxOS

Rappel rapide pour les retardataires : Firefox OS est un système d’exploitation mobile, dont le cœur repose évidemment sur un noyau Linux, et l’interface et les applications sur les technologies HTML5 qui propulsent déjà le Web, et plus précisément le moteur Gecko qui est celui du navigateur Firefox (et de Thunderbird aussi). Un choix qu’a déjà essayé de faire WebOS quelques années plus tôt, peut-être trop tôt, qui sait.

Parmi les points à retenir :

  • Un gros contrôle sur les autorisations d’applications, là où une lampe torche sur Android vous demande accès à vos contacts sans que vous puissiez l’en empêcher;
  • Matériel, le point qui fâche (cf mon dernier article sur le sujet), mais les choses bougent un peu, avec des « builds » communautaires pour du matos « haut de gamme » comme les Nexus 4 et 5, les Sony Xperia Z3/Z3 Compact (et c’est pas des petits jouets ceux-là), certains Galaxy S;
  • L’idée d’install party FirefoxOS ?
  • FirefoxOS sur des télés 4K (j’ai un peu de mal à voir l’intérêt, mais c’est pas pire que Samsung qui vous espionne)

Histoire de continuer d’allécher les déçus qui ont acheté un ZTE OpenC toujours bridé à la version 1.3, il présente la future version 2.5. Parmi les points forts :

  • Plus grosses possibilités de personnalisation, notamment des icônes plus petites qui permettent d’en afficher plus sur les écrans d’accueil, mais aussi l’apparence des menus, des couleurs…
  • L’apparition d’un hackerplace, qui est en fait un market comprenant des applications qui ne sont pas encore terminées (beta), pour bidouilleurs,
  • P2P Sharing : la possibilité de partager vos applications installées en Peer-to-Peer avec le Wifi Direct. Pas besoin d’avoir du réseau comme ça.
  • Webmaker : un outil intéressant pour concevoir les applications directement sur le smartphone via des menus adaptés
  • Client IRC, pour les barbus nostalgiques (ceci dit, ça sert toujours de nos jours)

Amusant, Genma qui fait la pub de Cyrille sur un des slides pour montrer les sites épinglés; c’est con pour le déréférencement hein ?

Par contre, déçu j’étais, déçu je reste, toujours pas d’infos sur la partie vente en direct de matériel avec FirefoxOS en France, après l’annulation par ZTE de l’Open L. Donc pas d’autres choix que de bidouiller pour avoir un smartphone (en tout cas l’OS) qui se veut quand même accessible au plus grand nombre.

Dernier point intéressant : on peut tester l’OS sur le navigateur de la même fondation, via un « émulateur », et depuis peu avec un « Launcher » sur Android (qui vient remplacer l’écran d’accueil et le tiroir d’applications par défaut).

Manifestement, c’est un succès pour FirefoxOS, les gens suivant Genma jusqu’à son fauteuil du stand Framasoft pour des infos supplémentaires (notamment sur comment libérer cet OpenC lâchement abandonné par ZTE). Et la pile électrique de carrément proposer de basculer le téléphone de certaines personnes sur la version 2.2, bientôt officiellement stable. Ça prend si peu de temps, pourquoi se priver ?

17h : Open Food Facts

N’avez-vous jamais tenté de déchiffrer les informations nutritionnelles et la liste d’aliments d’un produit consommable ? L’ambition est donc de rendre l’information plus facile d’accès, plus lisible que les étiquettes des produits. Le fonctionnement : rependre le modèle collaboratif/contributif de Wikipedia/OpenStreetMap pour alimenter une base de données ouverte et surtout mondiale de produits alimentaires avec des informations claires.

L’utilisation se fait surtout avec une application mobile : Android, iOS, Windows Phone (oui oui), Ubuntu, FirefoxOS, tout le monde ou presque est servi. Il suffit de scanner le code barres du produit pour soit voir affiché ses caractéristiques, soit se voir proposer de remplir une fiche pour ce nouveau produit.

Là encore, quelques chiffres : trois ans d’existence, Association loi 1901 depuis 2014, grosse prédominance de produits français (40000 pour 60000 références), et près de la moitié des produits qui manque encore d’informations.

Toujours pas convaincu ? Ça permet par exemple d’identifier les produits contenant des allergènes; permet aussi, pour des produits vendus dans plusieurs pays, de regrouper des informations qui ne sont pas nécessairement présentes en fonction des lois du pays; on peut noter les produits en fonction de leur qualité (code couleur), amenant une notion de science citoyenne; il y a un système de badges sur l’application pour encourager le scan des produits.

À l’image de la migration de l’école présentée le midi, le processus est en train d’essaimer et se met en place pour les produits de beauté. Et croyez-moi, y’a du boulot monstre à faire dessus, la description des composants étant particulièrement opaque.

Le modèle de l’association permet de s’assurer que le contenu de la base de données reste ouverte à tous. Tient d’ailleurs, petite curiosité qui m’a fait sourire, la base de données est stockée « au format » MongoDB 🙂

Notes générales sur la première journée

Le stand « install party » ne désemplit pas de la journée : beaucoup de personnes passé 40 ans, parfois des jeunes accompagnés de parent(s) aussi intéressés que les « gamins ». Aussi surpris par le profil des visiteurs que celui des bénévoles, qui est aussi très vaste, comme leur nombre : 144 volontaires sont présents (chiffre officieux, mais très, très certainement fiable). Des tables partout pour se poser et utiliser son pc (évidemment). Des petits bémols toutefois : je me fais limite « incendier » parce que je prend une photo pour montrer, de dos, le nombre de personnes qui participe à la présentation Do Not Track, qui a duré tout de même 3h30. J’entends un des bénévoles dire qu’ils ne feront pas d’installation d’autre chose qu’Ubuntu (la personne voulait installer Emmabuntüs); dommage, autant Manjaro j’aurai compris, mais là, surpris. Justification : spécificités par rapport à l’originale. Pas si ouvert que ça, ou honnêteté de pas vouloir assumer si ça se passe mal ? Joker. Les confs en espace ouvert sont au moins aussi intéressantes que les autres, mais le bruit ambiant n’aide pas à suivre la voix de l’intervenant. Et mon dieu, tout cet orange flashy, c’est violent pour les yeux 😀

Le Wifi de la Cité des Sciences est une purge pour qui aime le réseau : super restreint, aucun port d’ouvert (donc pas de VPN à part le port 443, ce que je n’ai pas préparé avant de venir), assez facilement saturé. Pire, il me refuse l’accès à mon lecteur de Flux RSS, pourtant hébergé sur la même VM que le blog. Le Wifi de l’hôtel n’aura pas grand chose à faire pour mieux me satisfaire.

Plusieurs personnes traînent avec le magazine Linux pratique dans les mains, l’avant dernier ou le dernier numéro. Marrant, j’ai celui de Novembre/Décembre dans le sac à dos. D’ailleurs, c’est l’occasion de chercher depuis quand je suis lecteur. Sans vouloir dire de bêtises, ça fait probablement près de 10 ans, sauf si je confond avec une autre revue.

L’ordi est allumé depuis midi, à 18h30, toujours 59% de batterie. Y’a pas à dire, encore merci LDLC et Manjaro. À un moment j’ai même oublié de l’éteindre et l’ai laissé allumé dans le sac, aucun problème !

19h00 – 00h00 : l’humain

La soirée ne s’est évidemment pas terminée avec moi qui rentre tout seul avant le repas du soir à l’hôtel, à regarder la télé ou bricoler sur le laptop à torturer le Wifi. Je suis resté avec Genma, ainsi que Christophe et Philippe du stand Mozilla, pour aller boire un verre dans un bar proche de la Cité. On raconte de tout et de rien, on se marre comme des baleines, ça tombe bien, c’est Happy Hour, le demi-litre de « Despé » en pression coûte quand même 6.50€, Welcome to Paris !

On se rend ensuite à une pizzeria voisine, pour découvrir l’un des principaux piliers de l’organisation de cette Ubuntu Party, seul, à grignoter sa pizza tout en pianotant sur un laptop aux kilomètres aussi nombreux que les stickers qui le recouvrent. Le bonhomme est manifestement super crevé, et pourtant, au final, il restera jusque minuit, sachant qu’il rattaque à 8h le lendemain. Là on discute un peu plus de cette manifestation qui se déroule deux fois par ans, de l’organisation de l’association, de la difficulté du lieu utilisé, différent de d’habitude, et finalement mal adapté à l’évènement… Plus tard, quelques personnes, bénévoles et intervenants, le « groupe des étrangers », puisqu’on a deux espagnols (dont Fernando que je suis ravi de retrouver), et un allemand- Sturmflut, membre d’Ubuntu-de, qui était venu parler de « supercomputing » et de l’Ubucon Europe 2016- nous rejoint, on rajoute une table et les chaises qui vont avec, et c’est reparti pour une tournée.

La date de la prochaine « party » se fixe autour d’une grappa, puisque la personne qui est chargée de l’hébergement à la Cité des Sciences est aussi là. On me propose dans la foulée de faire partie des bénévoles, en me disant que j’aurai alors droit à mon polo. Non pas que je ne veuille pas participer un peu plus, mais l’Orange flashy, tout de même… J’apprends par la même occasion que l’on peut demander à être hébergé si l’on vient de loin (certains visiteurs, autres que conférenciers, viennent de l’étranger), ma situation aura encore évolué dans six mois, donc y’a des chances que je sois de la partie. Il faudra juste prévoir du triple XL pour le nounours, qui deviendra donc orange pour l’occasion.

Je suis donc rentré à minuit, le temps de tout déballer, de brancher, de recopier mes notes sur le brouillon de cet article, il est 1h du mat. La journée de demain s’annonce au moins aussi intéressante que celle d’aujourd’hui. Mais là, j’en peux plus, donc je pionce.

La suite est disponible dans ce billet.

UPDATE : Les vidéos des conférences sont disponibles sur cette page. Dans un format ouvert évidemment 🙂

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de