Être autodidacte, c’est dur, mais ça vaut le coup 

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Genma, dans son billet dans lequel il déplore un peu la raréfaction des passionnés, indique préférer les autodidactes aux diplômés qui pensent d’abord à un métier avant de penser passion. Et de mettre en avant l’autodidaxie comme un critère important de son choix des collaborateurs. Pour ceux qui ne comprennent pas trop, étant un autodidacte moi même, j’aimerai apporter ma pierre au travers de mon expérience.
Autodidacte, ça veut dire qu’on fait le choix d’apprendre par soi-même, par le biais de lectures, d’expérimentations. Il n’y a pas de structure « scolaire », pas de diplôme à la clé, pas de guide spirituel (enfin si ça peut arriver pour le guide). Souvent l’apprentissage est avant tout guidé par le besoin. On apprend donc d’abord l’essentiel, et on rebondit sur un autre sujet en espérant revenir plus tard si on a besoin de peaufiner.

C’est un aspect à double tranchant : d’une part on est pas à l’abri de se planter une paire de fois avant d’arriver au résultat recherché (c’est presque une condition sine qua non), d’autre part, c’est un processus très consommateur en temps quand des fois il faut pouvoir réagir dans un délai court. On doit parfois revenir sur un sujet abordé quelques temps plus tôt pour se rendre compte que si on avait bien fait sur le moment, on manquait de recul pour s’assurer qu’il n’y a pas d’effet secondaire.

Petit exemple de consommation de temps : si j’ai passé le test technique apparemment sans trop de problème lors de mon entretien d’embauche chez LinkByNet, ma première semaine de boulot s’est résumée à : traitement de demandes clients, prise de notes sur ce que je ne savais pas faire, et le soir, je faisais mes devoirs en recherchant, expérimentant, bref, point de Netflix ou de YouTube ou de jeux vidéos, mais boulot boulot boulot. Cette première semaine s’est transformée en quatre premiers mois intenses, de soirées à faire mes devoirs, nécessaires pour ce qui est finalement une première mise à niveau. C’est à ce moment-là qu’on prend la mesure de l’aspect fragmentaire d’un apprentissage « sur le tas », incomplet par nature, déstructuré, et donc pas toujours efficace. Et qu’on se le dise, c’est un processus intellectuellement épuisant par moments.

Malgré tout c’est un processus gratifiant : il ne se passe pas une semaine sans que je n’apprenne quelque chose de nouveau. C’est parfois pas grand chose, une petite astuce (que je commence à partager depuis quelques mois), une nouvelle facette d’un outil qu’on pensait pourtant bien connaître, une meilleure façon de rendre un service, ou parfois de nouvelles technologies. Et au final, quand le client au téléphone vous remercie pour votre travail et vos conseils, vous rentrez chez vous peut-être crevé, mais avec un sourire parfois intérieur parfois affiché sans retenue. Et surtout, vous validez votre démarche et le fonctionnement de votre intellect.

Parlons-en de l’intellect. Apprendre au fil de l’eau, c’est un processus qui ne se découvre pas sur le tard, mais bien qui se nourrit très tôt. Il nécessite de la curiosité, de l’ouverture d’esprit, d’être capable de se remettre en question, ce qui demande donc de l’humilité. La curiosité vous permet d’aller plus loin que ce que vous venez d’accomplir, parce qu’il existe peut-être d’autres façon d’y arriver. L’humilité vous permet d’accepter qu’il faut apprendre parfois des choses qui vous déplaisent, simplement parce que c’est nécessaire. Il sert aussi à reconnaître quand lâcher prise s’il vous manque trop d’éléments pour résoudre un problème (pas grave, on appelle à l’aide et on apprend pour la prochaine). Il faut de l’engagement, de la concentration. Et pourtant, encore aujourd’hui, ces qualités ne sont pas reconnues ou très mal chez les recruteurs qui continuent encore à privilégier les diplômes quand on se rend de plus en plus compte que certains cursus ne vous apportent pas ces outils pour pouvoir évoluer dans le monde réel.

Et vous remarquerez que j’ai beau aborder le sujet en partant de ma propre expérience et notamment la plus récente, je n’ai évoqué aucun métier en particulier. Parce que ce qui pourrait s’appeler des qualités sont exploitables dans tous les domaines ou presque. J’ai abordé de la même façon la maçonnerie, l’administration système, la logistique, l’électricité (dans le désordre). Beaucoup de « YouTubers » sont finalement des producteurs de vidéos indépendants la plupart du temps autodidactes, en se nourrissant d’expériences partagées, de « tutos » pour pouvoir exploiter les outils dont ils ont besoin. Pour autant que je sache, Babozor, qui tient la grotte du barbu, n’a pas de formation en menuiserie et pourtant il réalise des meubles, des constructions, dernièrement il se met à l’impression 3D sans avoir de formation de modélisation.

Oui, et d’autant plus grâce à internet, on peut « apprendre » un métier en dehors d’une structure scolaire classique. Mais il vous faut plus qu’un tutoriel, il vous faut avoir appris à apprendre. Ce que les structures scolaires semblent de moins en moins encourager, alors que la tendance est à la reconversion passé un certain nombre d’années dans le « monde professionnel ».

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f4b1nithirLe CastillanVinceOrdinosor Auteurs de commentaires récents
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Ordinosor
Invité

Merci pour cet excellent billet que j’ai pris plaisir à lire et auquel j’adhère.

Vince
Invité
Vince

Malheureusement, quasi aucune entreprise française n’embauchera une personne sans diplôme… J’ai été autodidacte également, et ne trouvant pas de travail, je suis passé par un diplome où je n’ai strictement rien appris, mais rien du tout. Ensuite j’ai trouvé du travail. C’est moche mais c’est comme ça 😉

Le Castillan
Invité
Le Castillan

Oui, c’est dur mais l’aventure est fantastique ! DSI dans une filiale d’un grand groupe international, je suis un autodidacte des années 1980… Pour être précis, je n’ai même pas le BAC. Actuellement à la recherche d’une nouvelle aventure (peut-être la dernière…) je passe actuellement des entretiens dans de grandes sociétés de conseil/recrutement et je suis plutôt agréablement surpris de l’accueil dans le sens où je pensais me faire refouler comme un moins que rien, n’ayant mentionné aucun diplôme sur mon CV. Ce que je retiens c’est que l’on vous remarque essentiellement pour ce que vous faites ou ce que… Lire la suite »

nithir
Invité
nithir

Je suis autodidacte et j’ai un master en info indus. Quand on apprend par soit même, on découvre tous les aspect d’une chose. autrement dis, on apprend de ses échecs. Le problème vient du fait qu’on apprend en général que ce qui nous est nécessaire pour réalisé notre but. Du coup en tant qu’autodidacte on a tendance a devenir expert de la réalisation d’un nombre varié de besoin. Dans une formation universitaire, on nous apprend des généralités sur les outils, étendu des fonctions, méthodologies. On nous exerce l’esprit pour le former à la résolution de problème généraux. L’apprentissage n’est pas… Lire la suite »

f4b1
Invité

L’avantage avec les autodidacte, c’est que effectivement en général, ce sont clairement de grands passionnés de ce qu’ils font au quotidien 🙂