Systemd : j’avais parlé un peu vite à l’époque

Twitter Facebook Google Plus Linkedin email
closeCet article a été publié il y a 4 ans 2 mois 29 jours, il est donc possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être expirées, les commandes ne sont peut-être plus valides.

Marrant comme le monde va vite de nos jours. Au hasard d’une recherche, je suis retombé sur cet article de nicolargo sur Supervisor. Dans les commentaires je disais que Systemd, le mal-aimé, n’était pas très répandu dans le monde Linux. Ce qui était encore en partie vrai, mais surtout en partie faux. Et ça l’est d’autant plus maintenant, surtout si on pense au futur proche.

Je ne vais pas rentrer dans le troll anti/pour Systemd. Je ne le trouve pas particulièrement plus ou moins compliqué, et d’ailleurs, si vous cherchez une définition claire de ce qu’est ou n’est pas Systemd, vous pouvez vite vous tromper.

Une vision tronquée de la situation

Voilà comment je voyais les choses à l’époque : mon laptop fonctionnait encore sous Windows, ce que j’ai corrigé depuis, et je n’utilise quasi-intégralement que du Debian Wheezy sur mes serveurs. D’ailleurs, côté serveur, il faut dire qu’à part Debian (et dérivés), les linuxiens privilégient plutôt RedHat/CentOS, qui, alors, n’utilisait pas Systemd. Et à l’instar de Debian, les « sœurs » RHEL/CentOS peuvent aussi être utilisées sur un poste de travail.

Et pour ce que j’en savais, il n’était guère utilisé que sur Fedora, je soupçonnais OpenSUSE d’en faire usage aussi, ainsi que les élitistes d’Arch Linux. Bref, pour moi, Debian/Ubuntu et RHEL/CentOS étant les plus utilisées, je voyais systemd au mieux comme un projet « lointain », qui n’embêtait personne à part ceux qui l’utilisaient. Le plus gros grief avait été je crois la fusion d’udev, le mécanisme de découverte « à chaud » du matériel très utilisé, qui se trouvait intégré dedans, gênant les projets qui ne voulaient pas « du gros truc ».

Mais ça, c’était avant

En effet, depuis, j’ai migré moi aussi sous Linux, avec la distribution Manjaro, basée sur Arch, et celle-ci fait donc appel à Systemd. Et je n’ai rien à redire, pour l’instant il n’est jamais venu se mettre dans mes pattes. Les différentes mises à jour se sont déroulées sans encombre, j’ai toujours un temps de démarrage jusqu’au login KDE d’environ cinq secondes, on peut pas dire qu’il cherche à se faire détester.

Et puis Red Hat a sorti sa version 7 de sa distribution. CentOS, fort de son récent partenariat avec la « maison-mère », a emboîté très vite le pas (bien plus vite que pour la version précédente). On a donc un poids lourd, qui après avoir essuyé les plâtres avec Fedora, est parti pour au moins dix ans à le supporter pour les entreprises qui utiliseront leur produit.

De leur côté les utilisateurs de Manjaro sont de plus en plus nombreux, car elle marie le meilleur des deux mondes : une distribution stable, facile et rapide à installer, avec le modèle « rolling release » qui consiste en des mises à jour constantes des différents blocs de l’immense Lego qu’est une distribution Linux. Avec un avantage : les utilisateurs d’Arch essuient les premiers tirs en cas de bugs, et parfois, les mainteneurs de Manjaro retiendront justement le passage à la nouvelle version d’un paquet pour éviter les problèmes.

Et c’est pas fini

Et puis, L’équipe Debian a fini par trancher pour la prochaine version 8.0 Jessie : c’est Systemd qui fera office d’init et de gestion des services. Le bordel causé par cette annonce après des semaines de « débat » et de votes est pratiquement indescriptible. Au point que plusieurs « têtes » ont rendu leur tablier devant le flot de critiques haineuses de la part de gros nœuds qui ne savent pas argumenter (on voit ça en dehors de « l’informatique » avec le mariage « pour tous », et les neuneus qui obligent leurs enfants à manifester et répéter comme des zombies ce qu’on leur demande : aucune possibilité d’argumenter).

Peu de temps après, Canonical a décidé qu’eux aussi utiliseraient Systemd sur Ubuntu maintenant que Debian l’a mis en place (probablement la 15.04). Pas si étonnant : à chaque sortie d’une nouvelle version, la première chose que font les développeurs est de récupérer les paquets mis à jour dans la version « sid » de Debian. Systemd s’y trouve déjà, et donc, il ne faudra pas longtemps pour le voir pointer le bout de son nez. Pour une boite qui avait développé son propre « init », à savoir upstart, ça reste malgré tout assez surprenant.

Un village résiste encore et toujours à l’envahisseur

Il n’y a guère plus que les mainteneurs et utilisateurs de Gentoo qui font de la résistance. Ceux-ci, soucieux d’évoluer et donc de remplacer ce bon vieux SysVinit qui accuse quand même le poids des années, ont décidé de soutenir OpenRC, qui se veut compatible avec l’univers SysVinit, mais plus moderne. Et surtout, qui permet de se passer de Systemd. Certains utilisateurs d’Arch Linux et donc de Manjaro commencent à demander que l’utilisation des deux soit possible, en parallèle évidemment.

Personnellement je ne passe pas assez de temps dans les entrailles de ces zozos-là pour avoir un quelconque avis dessus. Je fais partie de ceux qui veulent avant tout un truc qui fonctionne, si possible très bien, et si l’on doit réapprendre certaines choses, ma foi, c’est pas cher payé.Mais comme chez les « débutants », la résistance au changement peut être « violente » dans le monde des techniciens. Pourtant les médecins, chirurgiens et compagnie passent leur vie a réapprendre leur métier, alors pourquoi pas les « informaticiens » ?

Un besoin d’harmonie

Il y a une chose dont je suis sûr : sans perdre leur identité, ainsi que certaines de leur spécificités, les différentes distributions Linux ne peuvent que gagner à avoir un maximum de mécaniques bas-niveau en commun. Tout le monde utilise le même noyau (même si dans différentes versions), le même serveur d’affichage (X.Org), le même système de son (ALSA, parfois avec Pulseaudio au dessus). Ça n’a que des avantages selon moi, du moins du point de vue utilisateur, car ça permet de réutiliser la quantité énorme de ressources sur ces composants quelque soit la distribution, ce qui gomme les « murs » qui bloquent généralement les discussions entre les adeptes de l’une ou l’autre distribution. Les mainteneurs peuvent aussi s’échanger des informations plus facilement, idem pour les développeurs. Dans le domaine des jeux vidéos, limiter les différences de plateformes permet d’éviter ou de plus facilement identifier la source d’un dysfonctionnement.

Bref, une mise en commun qui ces temps-ci, est plus que nécessaire, face à des sociétés « volumineuses » (Microsoft, Google, Apple) dont les employés vont tous dans la même direction, celle leur permettant d’enfermer toujours plus leurs utilisateurs, sans même parler de les espionner. Systemd a peut-être des défauts (et j’avoue que certains me gênent un poil, comme la gestion du journal, devenu binaire), mais il a le mérite d’être maintenant très répandu, et bientôt massivement utilisé. Avec une telle cohérence, le monde qui gravite autour du noyau Linux, que ce soit côté serveur ou côté poste de travail, ne peut qu’en sortir grandi. Après tout, si Systemd posait vraiment autant de problèmes, il aurait été vite dégagé, car c’est ça la magie du logiciel libre.

À moins que je ne sois qu’un gros naïf optimiste, et que tout ça nous pétera à la gueule. Il est vrai qu’à me relire à Noël, j’ai pas l’impression de voir les choses s’améliorer…

1
Poster un Commentaire

avatar
1 Fils de commentaires
0 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
1 Auteurs du commentaire
Anthony Pena Auteurs de commentaires récents
  S’abonner  
plus récent plus ancien
Notifier de
Anthony Pena
Invité
Anthony Pena

J’ai le même point de vue que toi par rapport à SystemD : plus d’uniformité c’est que du bon. Maintenant je rêve d’une sorte de gestionnaire de paquet unifié mais je crois que ça restera un rêve ça.