Hier encore, j’avais vingt ans…

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J’ai eu 32 ans le 18 novembre dernier (d’ailleurs j’ai démarré l’écriture de ce billet à cette date). Enfin pour être plus précis, le 18 novembre marquait mes 32 ans passés sur Terre, et j’ai donc entamé ma 33° année. Et mon cerveau étant ce qu’il est, au réveil il m’a renvoyé cette magnifique chanson de Charles Aznavour, qui monte toujours sur scène à 90 ans. Et donc j’ai tenté de retrouver la trace de ce qu’on avait pour nous informer, nous divertir, communiquer en 2002. Histoire que vous aussi, vous preniez un coup de vieux. Allez, hop, dans la DeLorean Marty !

C’est un billet long, très long, très très long. Pour l’occasion je vous ai concocté un sommaire, comme ça, vous pourrez le lire en plusieurs fois, et si je conseille de le lire dans l’ordre, les chapitres sont à peu près indépendants.


Contexte

2002 a été une année chargée, notamment parce qu’en France, on a vu pour la première fois le Front National tomber au deuxième tour d’une élection présidentielle (ça nous a valu une chanson d’ailleurs). Je me suis donc vu obligé de voter Chirac pour barrer la route à un bouledogue borgne. Ce qui n’était au final pas si terrible à y regarder de plus près, avec un peu plus de recul. Du recul, je n’en avais plus d’ailleurs. Je venais de perdre mon père, ce qui allait se traduire par deux ans d’errance à vivoter en se demandant ce que je foutais là (fusillant au passage deux premières années de ce qui était encore le DEUG MIAS, avant la licence informatique), à passer mes journées sur des jeux vidéo (dont Worms World Party) en écoutant de Deicide (oui, j’allais pas bien). Pourtant, 2002 a aussi été l’année où j’ai rencontré mon premier grand amour, comme quoi il n’y avait pas que du mauvais. Bref, assez parlé de moi et de l’état de mon cerveau, voyons plutôt ce qui touche à Internet et à ce qu’on appelait déjà les nouvelles technologies.

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Des connexions Internet majoritairement en 56k

En effet, en 2002, l’on commençait à peine à parler d’ADSL, et encore, le haut du panier de l’époque, pour les rares qui y avaient droit, disposaient très souvent d’un débit à 512kbps. Pourquoi ? parce que les premières connexions à 1Mbps coûtaient alors 85€/mois. Le « 512 » n’était pas beaucoup moins cher, en moyenne 45€/mois. Free commençait seulement à faire parler de lui avec ses 30€ sans engagement (les autres demandaient tous au moins 12 mois), que le président d’AOL a eu du mal à digérer. À l’époque, pour 30€, vous aviez accès à du 128kbps. Cette vitesse est celle que vous avez sur votre smartphone 3G/4G quand vous dépassez les Go du quota qu’on vous a attribué. Réfléchissez-y une minute juste pour voir.

Quand je dit rare, c’est que les infrastructures n’étaient pas aussi au point qu’aujourd’hui. Point de fibre optique parcourant toute la France pour atteindre les NRA, tout était encore à construire. Au delà des NRA, les lignes téléphoniques devaient aussi être adaptées, car l’ADSL ne sait pas se marier au multiplexage (j’arrête la technique là, vous inquiétez pas). Le dégroupage n’existait pas encore, et donc seul France Télécom équipait les NRA, les autres opérateurs devant louer la ligne. Les abonnés câbles, qui pouvaient avoir accès à Internet avec des débits similaires à l’ADSL de l’époque, étaient bridés par des quotas de données, et cantonnés à certaines grandes villes.

Check le modem

Check le modem

Bref, énormément de gens avaient à disposition une connexion 56k, qui consistait ni plus ni moins qu’à un appel téléphonique à un serveur qui se chargeait de vous raccorder. Ce qui veut dire que si vous « surfiez », vous ne pouviez pas recevoir d’appel téléphonique sur la ligne. Donc à l’époque, il fallait payer un abonnement France Télécom, puis un abonnement à Internet, avec des tarifs et des quotas assez restreints, fournis en heures de connexion et pas en consommation « data ». En contrepartie la plupart des ordinateurs de l’époque embarquaient déjà un modem 56k, ce qui ne demandait aucun matériel, contrairement à l’ADSL (le modem pouvait vous être facturé jusqu’à 150€ mine de rien).

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Et 56kbps, c’était du brut théorique. En pratique, vous pouviez « télécharger » à la vitesse mirobolante de… 5ko/s. Avec le vent dans le dos. Toujours pas d’erreur avec les unités ni les chiffres. Ce n’était pas catastrophique non plus, à part les pilotes à mettre à jour régulièrement pour les jeux, qu’on achetait en boite, la plupart des sites web n’étaient pas surchargés d’images, de vidéos, bref, au final une page web ne mettait pas beaucoup plus de temps à charger qu’aujourd’hui. Cette contrainte a d’ailleurs permis à Google de doucement s’imposer comme LE moteur de recherche web par excellence, car il était beaucoup plus rapide que les autres (j’y reviendrais).

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Des fournisseurs d’accès à internet à foison

AOL, Wanadoo (avant Orange), Free, Tiscali, Libertysurf, Cegetel, Club-Internet… Pour les opérateurs nationaux, y’en avait du monde, les pubs foisonnaient sur tous les supports, et beaucoup pratiquaient un système d’appel à bases de CD de connexion directement dans les boites aux lettres. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai opté pour ce qui était le plus intéressant de l’époque, un 56k AOL à 30€, avec un quota qui a grossi de plus en plus (qui déconnectait toutes les 24h en plus), jusqu’à devenir illimité. Et rigolez pas, ça a duré jusqu’en 2006, où on a enfin eu accès à de l’ADSL, à 1Mbps (Free non dégroupé oblige, qui était le plus intéressant de l’époque). Je n’ai dépassé ce débit qu’en 2010, avec le dégroupage partiel (je suis maintenant total, exit Orange et ses 17€/mois pour rien).

Paignez-vous du spam, on avait ça tous les mois ou presque dans nos boites aux lettres

Paignez-vous du spam, on avait ça tous les mois ou presque dans nos boites aux lettres

AOL… C’était une aventure de se connecter avec eux, car il fallait obligatoirement passer par un logiciel dédié. À l’époque et avec l’aide d’un ami, on a compris pourquoi : en fait, le logiciel de connexion « RTC » était couplé à un système de VPN, qui me faisait sortir aux USA (Palo Alto, en Californie pour être plus précis, siège social d’AOL US alors). Pas si étonnant puisqu’AOL veut dire America On Line. Ce logiciel était lourd, plutôt buggé (une fois sur deux il ne relançait pas la connexion quand elle coupait), et surtout inutile, car qu’il faisait aussi office de navigateur (une surcouche d’Internet Explorer en fait), de client mail, et de messagerie instantanée AIM (AOL Instant Messenger), alors qu’il existait déjà des logiciels dédiés pour le faire (y compris AIM, qu’on pouvait utiliser même sans être abonné AOL). Mais indispensable, alors j’ai vécu avec pendant très, très longtemps.

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Les mobiles, pas de smartphones ni de 3G

Les smartphones actuels, qui il faut reconnaître ont été inspirés par le premier iPhone, n’ont décollé qu’en 2007. Pas grave de toute façon, à l’époque pas de 3G en France, qui n’arrivera qu’en 2004. Contrairement à l’ADSL et le 56k, peu d’opérateurs sur le mobile, les moyens nécessaires étant sans commune mesure. Itinéris (avant Orange), SFR, et Bouygues (les MVNO étaient très, très rares, et surtout des sous-marques des « gros »). La mode était au Nokia 3310, qui à l’époque régnait en maître sur le monde des mobiles. Blackberry (RiM) était en forme, et à l’époque, on n’utilisait que des PDA en guise d’ordinateurs de poche (pas de connexion GSM la plupart du temps). Et les téléphones, c’était du « 3 lignes de texte en noir et blancs », et basta. Rares étaient les modèles qui permettaient de créer ou d’ajouter ses propres sonneries. Ils coûtaient chers en tout cas.

Admirez la qualité de l'écran, ça en jette hein ?

Admirez la qualité de l’écran, ça en jette hein ?

Côté forfaits, chez SFR par exemple c’était 34,90€ (229 Francs) pour un 4h « Soir et Weekend » (2h semaine, plus 2h les soirs et samedi/dimanche), 10 SMS (pas d’erreur), avec 3 numéros en appels illimités. Les SMS hors-forfaits (passés les 10 inclus quoi) coûtaient 0,15€ pièce. Pas de connexion Wap, l’ersatz de web, incluse à l’époque (rappel, c’était avant la 3G, avec « data » directe), il fallait payer une option, avec un quota temps comme pour les connexions 56k. Et petite blague, SFR était le moins cher à l’époque.

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Nos PCs fixes (nos tours quoi)

En 2002, AMD et Intel sont en pleine guerre, avec d’un côté des Athlon XP qui poutraient bien pour pas chers, et de l’autre Intel qui est obligé de faire grimper son Pentium 4 à des fréquences plus élevées pour rattraper les performances (2,8Ghz). Pour la blague d’ailleurs, les dénominations des Athlon XP se basaient en fonction des performances des Pentium 4 en face (un 2600+, pourtant cadencé à 2GHz, égalait un Pentium 4 à 2,6GHz). VIA et Cyrix, eux, ont déjà abandonné l’idée de faire du CPU « x86 » compétitifs face à ces mastodontes. Les finesses de gravures, elles, font sourire : 130 nanomètres pour le Pentium 4 « C », contre 22 nanomètres pour la dernière génération « Haswell ».

Pour les cartes mères, à l’époque, les fabricants de chipsets étaient nombreux là encore : j’ai déjà évoqué VIA, mais il y avait aussi SiS, Ali, Intel, Nvidia, ATI, pour ne citer que ceux-là. Certains fabriquant des chipsets pour les deux fabricants de processeurs, d’autres se concentrant uniquement sur l’un deux. Petite anecdote, avant d’être racheté par AMD, ATI fabriquait aussi des chipsets pour processeurs Intel 😀 Les fabricants de cartes embarquant les puces étaient là aussi nombreux : ECS, ASUS, Gigabyte, Abit, MSI…

Ah, l'ECS K7S5A, le saint-graal des overclockers de l'époque

Ahhhh, l’ECS K7S5A, le Saint-Graal des overclockers de l’époque

Côté mémoire, la DDR finit de supplanter la SDRAM dans nos machines (après l’abandon par Intel de la RD-RAM de Rambus, intéressante mais bien trop chère). Les fabricants sont nombreux et la plupart de ceux présents à l’époque sont toujours là, ou on été rachetés/fusionnés, soit directement sous leur marque, soit en fabriquant des puces pour les autres. Des noms comme Corsair, Hynix, Samsung, vous diront probablement quelque chose (ce dernier étant une vraie pieuvre).

Je vais en étonner plus d’un « jeune », mais à l’époque, il était rare d’avoir une carte son intégrée à nos cartes mères, et donc, il existait un réel marché pour ça (aujourd’hui trusté par Realtek sur les puces intégrées, et par Creative sur les cartes sons haut de gamme pour riches mélomanes). C-Media, dont les puces se retrouvaient dans plusieurs modèles abordables, arrivait à tenir tête, en termes de qualité, à Creative et ses SoundBlaster standards. Celui-ci régnait par contre en maître sur les configurations « gamer » avec sa gamme Audigy 2 (j’ai longtemps utilise une Audigy 2 ZS Platinum Pro, à partir de 2004 jusqu’en 2010, dont le prix neuf était de… 180€). La qualité était, il faut le dire sans égale, du moins tant que les pilotes ne vous arrachaient pas les cheveux à planter misérablement toutes les deux minutes pour un rien.

La meilleure carte son que j'ai eu de ma vie (snif)

La meilleure carte son que j’ai eu de ma vie (snif)

En parlant de gamer, du côté des cartes graphiques, c’était pas triste non plus. 3Dfx avait disparu depuis deux ans, racheté par un Nvidia en pleine croissance face à ATI, encore indépendant. 2002 a été l’année de la sortie des très célèbres Geforce 4 Ti d’un côté, et de la Radeon 9000 de l’autre (avec une Radeon 9700 Pro mettant tout le monde d’accord à sa sortie), pour succéder aux Radeon 8500 et Geforce 2 MX. C’est DirextX 8.1 fraîchement débarqué fin 2001 qui devait mener le ballet de ces générations de cartes, avant l’arrivée d’un DirectX 9 fin décembre qui allait durer très, très longtemps (plusieurs jeux sortis ces dernières années l’utilisent encore en 2014). OpenGL de son côté, tente de suivre (c’est toujours le cas).

Je ne serais pas honnête si je n’évoquais pas Apple. Pourquoi ? En 2002, la société qui exploite encore des CPU IBM PowerPC est en train de remonter la pente, avec des iBooks et des iMacs toujours chers, mais sacrément attractifs à l’œil, et embarquant des écrans sans pareil. Et Mac OS X enterre pas mal Windows XP sur le terrain de l’expérience utilisateur et des performances. L’architecture des CPU, limitant les logiciels présents, et le prix font qu’ils resteront des produits pour bobos riches (j’étais obligé de troller, désolé). C’est d’ailleurs toujours le cas, bien que les CPU soient maintenant des Intel 64bits.

Moi, question matériel, je n’avais qu’un Celeron II 500MHz et une Geforce 2MX 200 SDR, et 64Mo de RAM. Non, pas d’erreur dans les fréquences et les quantités. Et c’était mon premier PC (comprendre, à moi seul). Oui, à 20 ans. Mon premier téléphone à 17 ans. À méditer, quand maintenant les écoles primaires demandent à installer des brouilleurs pour empêcher les smartphones de fonctionner

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Système d’exploitation : Microsoft règne en maître

En 2002, Si la majorité des utilisateurs en sont encore à Windows 98 (qui a un problème grandissant avec certains Pentium 4, sur lequel il refuse de s’installer), Windows XP fait son trou, et il aura d’ailleurs droit à son premier Service Pack (regroupant toutes les mises à jour depuis sa sortie fin 2000) en Septembre 2002. Remarquez qu’à l’époque, on ne parle pas de 64bit sur les PCs, qui n’arriveront avec les Athlon64 d’AMD qu’en Septembre 2003. D’ailleurs, ils ne seront réellement exploités qu’avec la sortie de Vista en 2006, car la version XP-64 posait beaucoup de problèmes (notamment du côté des pilotes, oui, toujours eux), et n’était d’ailleurs pas vendu avec les machines pré-assemblées. On estime à plus de 95% les parts de marché de Windows en 2002 (chiffre de mémoire, si vous retrouvez un lien vers une info, je suis preneur).

L'interface playmobil de windows XP (Luna de son vrai nom)

L’interface playmobil de windows XP (Luna de son vrai nom)

Perso je faisais partie des irréductibles à encore utiliser Windows 98SE à cette époque (et pas Millenium, qui n’aurait jamais dû exister). Milieu 2003 toutefois je suis passé sur Windows 2000 Professionnel (NT 5.0 de son petit nom), sur lequel était basé Windows XP (NT 5.1). Et XP seulement début 2005, une fois que les gens ont essuyé les plâtres d’un très lourd Service Pack 2 remaniant plusieurs points du système (conduisant à un doublement des besoins en mémoire vive, ce qui a été accueilli assez mal sur le coup, certaines machines devenant alors très lentes – qui à dit « comme les iPhone » ?). D’ailleurs, c’est avec XP que le grand public a découvert le système de fichiers NTFS, ainsi qu’une vraie gestion multi-utilisateurs (même si ceux-ci étaient encore administrateurs par défaut, faisant les bonnes affaires des créateurs de virus).

Et les pingouins ?

Côté Linux, Red Hat vend manifestement bien sa version 7.2, qui sera utilisée pendant très longtemps, notamment dans les universités, ce qui ne l’empêche pas de sortir une version 7.3, puis 8.0. MandrakeSoft s’est d’ailleurs basé sur Red Hat Linux pour proposer « sa » Mandrake Linux, qui en 2002 a vu apparaître les versions 8.2, puis 9.0 en septembre. Deux versions que j’ai pu tester à l’époque, avant que la société ne change de nom l’année d’après pour cause de droits d’auteur (Mandrake est un personnage de BD). Chez Slackware, le plus vieux représentant des distributions Linux encore envie, c’est la version 8.1 qui pointe le bout de son nez. Et chez Debian, c’est la version 3.0 « Woody » qui débarque, et pour un long moment. Ces distributions utilisent parfois un noyau 2.2, parfois un noyau 2.4. XFree86 est encore le serveur graphique par défaut, car ne changera de licence qu’en 2004, conduisant au forx X.Org utilisé actuellement (et voué à être remplacé par Wayland dans u futur qu’on espère voir proche). Eh oui, point d’Ubuntu (première version en 2004), de Fedora (fin 2003), Et Arch publie sa toute première version en Mars, dénommée Homer. Dans le mondes des « bureaux », KDE sort sa version 3.0 qui mettra un petit temps avant d’être adoptée, à l’époque, l’utilisation de Qt, dont la licence n’était pas libre, faisait débat. GNOME sort sa version 2.0 basée sur GTK+ 2.0, le kit de développement initialement utilisé par The GIMP.

C'était moche KDE hein ? Ça l'est toujours, je vous rassure

C’était moche KDE hein ? Ça l’est toujours, je vous rassure

Moi ? Je reste cantonné à l’utilisation de Windows, car je joue beaucoup à l’époque, et les seuls jeux qui me convenaient n’étaient pas disponibles sous Linux (à part un certain Quake 3, que j’avais trouvé en version CD mais j’avais des petits problèmes de son avec), et pour le multijoueur, entre le débit et la latence du 56k et le fait qu’AOL ne proposait pas son logiciel de connexion autrement que sous Windows, j’étais bloqué.

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Le Web

Chapitre vaste s’il en est, encore qu’on a déjà traité de la problématique des connexions et des appareils pour y accéder (si vous lisez dans le désordre, ça ne serait pas inutile de les lire avant). Comment hiérarchiser ça ? Je vais partir sur deux « sections », les navigateurs et les technologies web d’un côté, et les sites web et les services de l’autre.

Navigateurs/technos

C’est bien simple, tout le monde ne semble connaître qu’Internet Explorer, après la « mort » de Netscape. Tout le monde ? Non, des irréductibles, ayant récupéré le code source de Netscape, publient la suite « Mozilla » en version 1.0, qui comprend un navigateur web, un client mail, un éditeur de pages HTML. Oui, pas encore de Firefox, qui sortira en 2004, sur les bases de cette suite justement. On a donc accès à une interface avec des onglets (qu’on aura qu’en 2006 chez Microsoft, avec IE 7 sous Vista justement), un « vrai » gestionnaire de téléchargements, un système de recherche « progressive » (ça affiche le résultat au fur et à mesure qu’on tape), vous pouvez aussi ajouter des mots-clés aux marque-pages, ce qui permet de les retrouver plus facilement en tapant les mots-clés plutôt que l’adresse dans la barres d’adresses. Le client mail embarque déjà un système de filtrage antispam. Cette suite amène aussi le système d’extensions qui sera très populaire avec Firefox et Thunderbird. Vous pouvez aussi accéder à énormément de paramètres par l’adresse « about:config ».

Interface Mozilla 1.0 (moche)

Interface Mozilla 1.0 (moche)

La suite Mozilla a été aussi la première pierre d’une « guerre » qu’elle aura gagné si on peut dire, celle de ce qu’on appelle les standards du Web. En effet, en 2002, les sites étaient écrits pour s’afficher correctement sur un seul des navigateurs existants, Internet Explorer. Certaines balises ne sont pas traitées comme on s’attend à ce qu’elles le soient, et pire encore, le traitement du JavaScript est une catastrophe, entre différences de performances, fonctions différentes mais avec le même nom d’un navigateur à l’autre, bref, c’est pas la joie. De plus, Microsoft avait annoncé ne plus vouloir faire évoluer Internet Explorer 6, ce qui bloquait les développeurs de sites web qui se retrouvaient à faire des choses de plus en plus moches, entre autres à base de l’alors répandu plugin flash (en version 6 en 2002). Le HTML reste bloqué à la version 4, le CSS 2.1 commence enfin à être massivement utilisé… Bref, l’initiative de Mozilla est salvatrice, et Firefox représentera plus tard une réelle machine de guerre, permettant d’atteindre aujourd’hui un niveau de qualité des navigateurs excellent. Imaginez qu’on fait tourner l’Unreal Engine dans Firefox de nos jours (Citadel semble avoir disparu du site d’Epic malheureusement)…

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Les sites/services Web

Du côté des sites web, peu de monde arriverait à imaginer que plusieurs moteurs de recherche existaient encore, même si Google montait diablement en force. Altavista était en difficulté, racheté en 2003 par un certain Yahoo. Lycos, dont la « marque » existe encore aujourd’hui, a vite sombré, toujours à cause du géant américain (qui ne l’était pas encore tant que ça). Ebay existait déjà, qui cette année-là rachetait un certain Paypal, né de la fusion de deux startups, l’une appartement à un certain Elon Musk, patron actuel de Tesla, le fabricant de voitures électriques. Et pourtant tous se valaient plus ou moins. Seulement, la plupart voulaient être de vrais portails vers différents services, là où Google se concentrait sur un seul point : la performance. Avec une telle lenteur sur nos connexions les autres concurrents ont eu bien du mal à suivre.

Inutile de dire lequel s'affichait plus vite...

Inutile de dire lequel s’affichait plus vite…

Imaginez que j’ai connu un web sans réseaux sociaux : ni Twitter, ni Facebook, ni Google+, ni MySpace, qui n’arrivera qu’un an après… Sans plateformes de vidéo non plus (YouTube n’a été créé qu’en 2005), encore moins de vidéo à la demande. On n’utilisait que des forums à l’époque. Skype n’arrivera que l’année d’après, la messagerie instantanée étant alors partagée entre MSN Messenger, AIM, Yahoo Messenger, ICQ… Les barbus utilisaient déjà IRC (qui existe depuis fin 1988), et d’ailleurs de nombreux jeunes se retrouvaient sur des portails de discussions qui se basaient sur un client Java intégré dans le navigateur, avec un serveur IRC derrière (Voilà, Caramail, Wanadoo, plusieurs en proposaient). Bien évidemment, toutes ces messageries sont incompatibles entre elles, et à part IRC, toutes sont propriétaires, et demandent le client « kivabien » et donc un compte dédié. Déjà une forme de captation de données. XMPP/Jabber ne sera normalisé qu’en 2004. Facebook l’utilise d’ailleurs pour la partie « Messenger » du site, comme Google pour Google Talk, qui l’abandonnera pour un protocole fermé (Hangouts).

Qui se souvient de caramail ?

Qui se souvient de Caramail ?

PC INpact (devenu Next INpact cette année) ne sera lancé qu’en 2003, ma curiosité informatique se nourrit alors de Clubic, de Presence-PC, de Tom’s Hardware US, de Hardware.fr, je lisais déjà linuxfr, mais j’étais de manière générale un peu moins friand d’informations que maintenant (j’ai plus de trente flux RSS dans mon lecteur aujourd’hui). J’achetais mon matériel sur Cdiscount si je ne le trouvais pas en boutique, ou trop cher (Rouen était assez fourni en boutiques de matériel info). Je n’ai découvert LDLC qu’en 2004, bien qu’il existait déjà.

Du côté du Peer-to-Peer, Napster avait été remplacé par KaZaA, eMule a débarqué cette année-là, permettant de prendre la relève avec un protocole ouvert, et un logiciel open-source. La même année, le protocole BitTorrent est aussi publié en open-source, se concentrant sur l’optimisation de la  distribution de gros fichiers. En face, iTunes Music Store, qui allait commencer par vendre de la musique pas cher mais avec verrous numériques, n’existait pas encore. Et rien non plus côté vidéo, Netflix, qui est entré en bourse en 2002 justement, ne faisait que dans la location de DVD par la poste (eh oui, le streaming n’arrivera qu’en 2010). Les « majors » étaient déjà à la bourre, et encore à l’heure actuelle où les habitudes des consommateurs s’orientent vers du streaming, y compris pour les contenus vidéos.

Et oui, j’ai utilisé eMule pendant plusieurs années même en 56k. Même pas peur. Trois semaines pour un concert de 2h d’AC/DC en vidéo, alors arrêtez d’être impatient parfois. Vous ne savez pas ce que « lent » veut dire.

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Les jeux vidéos

Un autre gros morceau, qui allait vraiment connaître l’explosion (dans le bon sens du terme, globalement). Impossible de ne pas classer par pièce de la maison, avec le PC dans le bureau d’un côté, et les consoles de jeu ayant définitivement envahis les salons de l’autre.

PC

Oui, je commence par ma plateforme chérie. Et je ne vais pas évoquer le matériel, c’est déjà fait. Half-Life 2 était annoncé à l’E3, sans que les gens réalisent alors que Valve Time aidant, le jeu ne sortirait qu’en 2004. Dark Age of Camelot est sorti aussi en 2002, ainsi qu’Hitman : Silent Assassin, la suite d’un premier jeu très bon et très difficile que j’ai eu toutes les peines du monde à finir (je suis pas très bon non plus, il faut l’admettre). En fin d’année sortait Need For Speed Hot Pursuit 2, que mon cousin a eu la patience de faire intégralement au clavier, avec boite manuelle s’il vous plaît, en difficulté élevée. Un jeu très attendu, et qui aura un succès énorme, Warcraft 3 : Reign of Chaos, sur lequel se basera en partie Blizzard pour sortir, deux ans plus tard, un certain World of Warcraft. Pour contrer le mastodonte, Microsoft a tenté le coup avec Age of Mythology, que je n’avais pas particulièrement apprécié. Dans les autres titres marquants, on peut citer un The Elder Scrolls : Morrowind (ancêtre de Skyrim), GTA 3, Soldier of Fortune 2, Unreal 2 (jeu solo), IL-2 Sturmovik, Splinter Cell (premier de la série), et je vais m’arrêter là, la liste serait interminable sinon.

Warcraft 3, un beau jeu pour l'époque

Warcraft 3, un beau jeu pour l’époque

Ah si, j’ai honte, mais j’ai aussi joué au jeu « le maillon faible« , qui était une horreur. J’ai aussi continué à jouer à Quake 3, Unreal Tournament (celui sorti en 1999), on n’avait pas encore Call of Duty mais le déjà excellent Medal of Honor : débarquement allié (qui, comme c’est étonnant, reposait sur le moteur de Quake 3). Sorti toute fin d’année 2001, Return To Castle Wolfenstein m’a permis de passer les longues journées d’hiver sans m’ennuyer, et Jedi Knight 2 : Jedi Outcast m’a fait passer le printemps. Je jouais aussi, encore, à Age of Empires 2, car je n’avais pas pu le découvrir à l’époque de sa sortie, car je n’avais pas de PC, juste un Amstrad CPC.

Consoles

La PS2 régnait en maître sous les télés, avec 20 millions déjà vendues en deux ans, Nintendo ayant pris du retard avec la fraîchement débarquée GameCube. Un tel succès au point que Sega, déjà mis à mal à la génération précédente avec une Saturn peu intéressante, abandonnera la Dreamcast à son sort en 2003 en Europe, et quittera définitivement le marché des consoles pour se concentrer sur les jeux en 2004. Microsoft entre dans la danse fin 2001 avec la Xbox, qui n’est ni plus ni moins techniquement qu’un PC (embarquant un Pentium 3), avec à l’époque ce qui semblait bizarre vu le peu de connexion internet dans nos chaumières : un système en ligne, le Xbox Live, qui aura permis, avant les joueurs « Playstation », de goûter aux jeux en multijoueurs, et notamment un certain Halo. Dans les consoles portables, Nintendo est seul en lice pratiquement, mais ne s’est pas reposé sur ses lauriers. L’année 2002 a vu plusieurs jeux sortir sur la Game Boy Advance, commercialisée à partir de juin 2001. La blague, le processeur utilisé pour la GBA était déjà une puce ARM. Oui, celle qu’on retrouve aujourd’hui dans 99% des smartphones et tablettes, que ce soit sous Android, iOS, ou Windows Phone.

Game Boy Advance SP, j'en ai eu une pour passer le temps en train

Game Boy Advance SP, j’en ai eu une pour passer le temps en train

Certains des jeux PC que j’ai déjà évoqué sortiront aussi sur consoles en 2002, même si c’était plus rare à l’époque, notamment du côté des FPS. En effet, ceux-ci ont commencé à être sérieusement envisagés avec la sortie de Halo, mettant en lumière la possibilité d’une bonne utilisation d’un stick analogique, que les fans Sony ont fini par découvrir avec la manette DualShock. Les jeux de voitures en ont aussi bénéficié, Gran Turismo 3 en tête, la seule grosse simulation auto de l’époque (si je ne me trompe pas, il était possible de jouer avec les sticks sur GT2 sur la première PlayStation). Toujours chez Sony, Metal Gear Solid 2, la suite du très bon titre sorti sur PlayStation (premier volet qui a connu un portage PC, auquel j’ai joué), Kingdom HeartsV-Rally 3, du FIFA (oui, déjà à l’époque, la rengaine), Max Payne sur Xbox… La liste est là aussi tellement longue…

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Et si on parlait ciné ?

Promis, c’est le dernier sujet que j’aborderais. Dans le désordre, on était en plein dans Le Seigneur Des Anneaux, dont le deuxième volet sortait en décembre 2002. On a eu droit aussi à Minority Report, La mémoire dans la peau, Le pianiste, Spider-Man (de Sam Raimi), Star Wars Episode 2 : L’attaque des clones, Harry Potter et la chambre des secrets, L’auberge espagnole, Panic Room, Ali, Donnie Darko, Lilo & Stitch, Solaris…

Minority report, les designers cherchent encore à reproduire cette interface

Minority report, les designers cherchent encore à reproduire cette interface

À l’image des jeux vidéo, les films sont une fois de plus nombreux. j’en ai vu certains, pour d’autres j’aurais attendu la sortie en DVD, voire en DVDRIP. Ceci dit, dans cette liste, j’ai acheté la plupart de ceux que j’ai vu, même s’ils sont d’abord passés par la case Tipiak. Et il n’est pas exclus que ceux que je n’ai pas encore acheté finissent en DVD, ou si nécessaire en Bluray, dans ma collection. Comme je disais dans l’article sur MongoDB, je n’ai « que » 441 galettes, parce que je me retiens. Et ces jours-ci parce que j’ai plus les moyens.

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Et bien d’autres domaines

Je ne parlerais pas de bouquins, parce qu’à l’époque, j’étais plongé dans le cycle des Fondation d’Isaac Asimov, j’ai enchaîné sur les Dune (oui, tous les bouquins), bref, la bibliothèque de mes parents. Comme pour la musique d’ailleurs (je n’écoutais déjà plus la radio à ce moment-là), avec une redécouverte des Who, Led Zep, Queen et autres Iron Maiden (plus de la part des copains ça). Je n’ai pas non plus abordé l’automobile, les sciences, d’autres domaines qui pourtant étaient déjà intéressants pour moi. Mais ce billet dépasse déjà les 4600 mots, alors je vous laisse le soin de l’enrichir encore par le biais des commentaires.

Qu’est-ce qui vous a marqué en 2002 ?

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