Need For Speed, le film : c’était presque bien

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J’ai mis du temps à me décider à voir ce film. Comme toute adaptation de jeu vidéo, j’ai d’emblée une énorme appréhension. Il faut dire que jusqu’à maintenant, les adaptations cinématographiques ne sont pas d’une grande qualité, et même très souvent de vrais navets (même pas des nanars). Il suffit d’avoir suivi les émissions de l’excellent Karim Debbache pour s’en convaincre si l’on a vu que peu de ces productions.

Mais là, c’est mon expérience qui va parler, celle d’un mec qui aime les films avec des grosses voitures, qui a adoré plusieurs des jeux Need For Speed –avant qu’Electronic Arts ne finisse par tout gâcher–, et qui n’attendait même plus une telle adaptation. Un mec qui ne s’attendait même pas à une telle défaillance dans le scénario. Si vous n’avez pas encore vu le film et que vous n’avez pas envie de vous faire « spoiler » le truc, ne lisez pas ceci. Ou regardez-le, et revenez ensuite comparer vos impressions.

Rappel sur la gestation du film

En 2001 sort un certain Fast and Furious, au scénario certes limite copier/coller sur l’excellent Point Break (on a pas autant fait chier Cameron pour avoir pompé Pocahontas avec Avatar), mais au casting efficace et au rythme bien jaugé. Et des bagnoles de ouf, même s’il faut supporter le mauvais goût parfois rencontré dans les styles des voitures (jacky tuning FTW). Le succès est tel qu’ils remettent ça deux ans plus tard, avec 2 Fast 2 Furious. Du coup, après un très réussi Hot Pursuit 2 qui a ravi les fans de vitesse et d’illégalité, EA décide de s’en inspirer, en abordant le monde du tuning et des courses de rue, avec NFS Underground. Au programme, courses « standard », drags, concours de drift, le tout au volant de voitures modifiées au point de ne plus pouvoir passer aux mines. La bande son est assez soignée, même si un fan de métal aura vite les oreilles qui saignent, les graphismes assurent un max pour l’époque, les possibilités de personnalisation sont déjà impressionnantes, et le « NOS » est un véritable atout à ne pas utiliser à mauvais escient sous peine de perdre les courses les plus ardues. Un très bon jeu que je pourrais presque vous conseiller encore aujourd’hui. Nous sommes alors en 2003.

Cette voiture était la plus rapide d'NFSU

Cette voiture était la plus rapide d’NFSU

Pour tirer sur la corde, un projet de film Need For Speed adapté de ce dernier jeu est aussi en préparation. Problème, face au succès presque insolent des deux films Fast and Furious (encore que le deuxième fonctionne un peu moins bien), il est décidé de remiser le projet aux calendes grecques. L’idée n’est toutefois pas abandonnée définitivement pour autant.

Dix ans plus tard, aussi bien la licence Need For Speed que l’univers Fast and Furious ont évolué. On s’est grandement éloigné des courses de rue et du tuning bling-bling au cinéma, et il en est de même pour les jeux vidéo (qui héritent de tares différentes, la faute à une hégémonie économique sur la qualité du jeu lui-même–un titre par an, faut pas s’étonner non plus). Les deux sont devenus suffisamment différents pour qu’on envisage un long-métrage qui ne serait pas identifié directement à un concurrent.

Toujours se méfier des adaptations de jeu vidéo

Je l’ai dit en introduction, mais il est vrai qu’il est difficile d’être enthousiaste quand on entend qu’un jeu vidéo va être adapté au cinéma. Qu’on prenne la pire des situations (la filmo d’Uwe Boll, Street Fighter), ou les meilleurs cas possibles (Silent Hill), en passant par ceux qui sont à côté de la plaque (Resident Evil), la déception est pratiquement toujours au rendez-vous. Et même avec des gens plus au courant que d’habitude, ils arrivent à faire quelque chose de regardable certes, mais rien qui fait sortir du canapé, la tête dans un autre monde (Prince of Persia). Ce qui ne peut qu’amener au minimum une légère inquiétude à l’annonce des Warcraft, Assassin’s Creed, qui viennent avec un univers tellement riche qu’il sera difficile de ne pas décevoir les gens qui les connaissent sur le bout des doigts (et j’en fais certainement partie).

Dans le cas de Need For Speed, je n’en attendais que très peu, vu que je m’étais déjà éloigné de la licence. Mon dernier contact, c’était en 2010 avec le « remake » Hot Pursuit, développé par Criterion et non plus par Black Box, fermé par EA (ce qui n’aide pas à les aimer). Criterion est célèbre pour les BurnOut, ces jeux à la vitesse folle et aux destructions de véhicules monumentales. Le jeu était tellement « bridé » par EA que j’ai décidé de laisser tomber. Quand des fonctions « de base » du jeu solo sont réservées à une connexion en ligne avec un code unique, ce qui fait qu’on ne peut pas revendre le jeu derrière si on l’utilise, non merci. Je ne l’ai même pas terminé, et j’ai tout bonnement laissé tomber la licence (j’ai même revendu le jeu dans une brocante).

L’annonce du casting m’a aussi laissé de marbre. Il faut dire que je n’ai toujours pas vu Breaking Bad. Je suis comme ça avec les séries. J’ai été tellement déçu par l’abandon trop rapide de certaines (Firefly, Lie to me, ou plus récemment Intelligence), et je suis tellement suspicieux des goûts trop souvent merdiques de la masse (désolé si vous vous sentez visé, mais quand on voit les « succès » qui passent à la radio, vous comprenez qu’on est forcément prudent), que j’ai tendance à me blinder; et donc je ne savais absolument pas de quoi était capable Aaron Paul; je ne connaissais Dominic Cooper que pour son rôle d’Howard Stark dans Captain America, quant aux « filles », inconnues au bataillon pour moi (tout le monde bave maintenant sur Dakota Johnson parce qu’on la voit à poil dans 50 nuances de Grey, mais bon, NFS est sorti avant, et elle en est pratiquement absente, laissant la féminité du film sur les frêles épaules d’Imogen Poots). Le seul qui m’a « titillé », c’est Michael Keaton, un très bon acteur qui m’a toujours plu, et dont je recommande nombre de films qu’il a pu porter. Comme je n’ai suivi que de loin, j’ai même esquivé tout ce qui avait trait au réalisateur (connaît pas) ou au scénario (pareil pour les trois). Et je ne suis même pas allé le voir au cinéma. J’ai même ensuite soigneusement évité la sortie en galette, surtout au regard de ma situation financière actuelle.

Un film « classique »

Mais j’ai fini par le regarder, parce qu’il me restait une parcelle de curiosité le concernant. Franchement, le scénario n’est pas d’une grande profondeur. Y’a un gentil, le copain du gentil, un méchant qu’on sait pas encore méchant, avant qu’il tue le copain du gentil. Le gentil est accusé, il fait de la prison et décide de se venger en sortant pour que tout le monde sache que le méchant est un méchant et que lui était en fait un vrai gentil. Et pour y parvenir, il se fait aider par une gentille qu’il avait rencontré avant de faire de la prison, et à qui il avait pu montrer ses talents de mécanicien et de pilote. Et aussi par d’autres amis qui étaient déjà ses amis avant qu’il finisse en taule. Il finit par y arriver, et même s’il refait un peu de prison (parce qu’il a fait quelques bêtises pour faire son affaire), il finit avec la fille. Wouhou.

Je vais entrer dans les détails après, mais voilà, le squelette de scénario, c’est ça, ça tient sur dix lignes. Le copain du gentil qui meurt au bout d’un quart d’heure aurait été noir, ça aurait été encore plus cliché (si vous pensez c’est une remarque raciste, c’est un point de vue que je partage avec Anthony Kavanagh, qui n’est pas près d’avoir sa carte de membre du FN– c’est un constat, amer j’en conviens). Mais ceci dit, comme je l’ai mentionné avec Avatar, un scénario n’a pas forcément besoin d’être original pour que le film soit bon. Et en l’occurrence, la plupart du temps, ça se tient, et on peut éventuellement se prendre au jeu. Et pour refaire un parallèle avec la musique, certains des plus gros tubes de l’histoire ne sont construits qu’autour de quatre accords de guitare. Donc voilà…

D’autant plus que la réalisation est plutôt propre. La sensation de vitesse dans les courses est plutôt bien rendue, même si on aurait apprécié de la retenue sur l’effet « première personne au volant », empruntée au jeu. Ça marche une, deux fois à la limite, mais au bout de la quatrième ou cinquième, faut arrêter quoi. C’est un film, pas un jeu vidéo, même si c’est une adaptation. Les caisses affichées sont affolantes comme il se doit, et le bruit des moteurs est à faire baver n’importe quel amoureux de mécanique. Bref, on est face à un film certes sans surprise, à part celle d’être malgré tout efficace, et qui suffit à en faire un bon divertissement, en tout cas pas un mauvais.

Mais y’a des gros trucs qui coincent quand même

J’ai donné la trame basique du scénario, mais il faut quand même détailler un peu. Le film débute sur le « contexte » : le gentil, Tobey Marshall, est un pilote hors pair, qui gagne quelques courses de rue pour arrondir les fins de mois. Il tient le garage hérité du papa ancien pilote de course, et rame pour payer les factures malgré ses victoires. Le méchant, Dino Brewster, qui n’en est pas encore vraiment un à cette étape (c’est déjà un rival ceci dit), lui propose un plan : finaliser, avec ses amis, la préparation de la dernière Mustang Shelby GT 500 sur laquelle Shelby était justement en train de travailler avant de casser sa pipe. Objectif : la vendre super cher, caisse d’exception oblige, et se partager les bénefs pour renflouer le garage. Seule condition pour avoir le plus gros chèque, qu’elle dépasse une certaine vitesse, ce dont se charge le gentil dans le dos du méchant, parce qu’il pense que le méchant n’arrivera pas à atteindre ladite vitesse. Et on découvre en même temps la gentille blondinette, Julia Bonet, qui sert d’intermédiaire pour la vente.

Elle est monstrueuse cette bagnole :)

Elle est monstrueuse cette bagnole 🙂

S’en suit un tirage de bourre entre gentil, copain du gentil (Pete Coleman, qui a participé à la finalisation de la tuture) et méchant, sur le fait que « gna gna gna je suis meilleur que toi » (comparaison de taille de zizi quoi), et le méchant propose d’emprunter des voitures de taré, interdites sur le territoire américain, mais importées en douce par l’oncle du méchant qui lui a laissé la garde de la maison et donc des tutures, et de faire une course pour départager, avec en jeu les parts de la vente de la Shelby. Tout le monde tombe sur le cul d’étonnement, y’a trois voitures pour trois pilotes, chacun la sienne, youpi, c’est parti pour la balade du dimanche sur fond d’Yves Duteil. Enfin presque, mais vous avez l’idée. Sauf que le gentil est sur le point de gagner la course improvisée, certes un poil aidé par son copain, et comme ça plaît pas au méchant, il devient vraiment méchant et envoie le copain du gentil valser dans le décor à plus de 200 à l’heure, le tuant sur le coup (et la voiture aussi, le salaud). S’en rendant compte le gentil fait demi tour pour aider son copain tandis que le méchant « gagne » et se sauve comme un voleur.

Le gentil est accusé (il est seul sur les lieux, avec une voiture illégale), fait de la taule, finit par sortir au bout de deux ans. Et il compte bien rendre la monnaie de sa pièce au méchant. L’idée : emprunter la Shelby, qui est une caisse de furieux (haha), à son propriétaire pour participer à la De Leon, une course illégale organisée par Monarch (joué « à l’aise » par Michael Keaton), à laquelle participe le méchant, qui est fiancé avec Anita Coleman, la grande sœur du copain du gentil (oui, elle est pas au courant, pensez-vous). Ça plaît pas au méchant, qui offre une récompense pour l’empêcher de traverser tout le pays puisque la course se passe sur la côte ouest et qu’ils se trouvent à ce moment-là sur la côte est. La gentille blondinette l’accompagne, histoire de garder un œil sur la voiture (mouais c’est ça), et les amis se joignent au voyage pour porter assistance en cas de besoin mécanique (et aussi énergétique, parce qu’une Shelby, ça bouffe du carburant comme pas permis).

C'est pas marrant à la pompe, comme ça c'est fun !

C’est pas marrant à la pompe, comme ça c’est fun !

Quelques péripéties plus tard, juste avant le début de la course, ils finissent par se faire « avoir ». Pas de bol, plus de voiture pour la course, broyée, et là, tada, après avoir entendu l’histoire du méchant, la grande sœur décide de filer un coup de main au gentil (après tout, c’est son ex), en lui « filant » la troisième caisse illégale, celle que le méchant a planqué après avoir poussé le copain du gentil dans le décor. Elle a encore la trace de peinture sur le pare-chocs qui va bien en plus, c’est pas beau ça ? La course se déroule comme elle peut se dérouler, ça finit en « gentil contre méchant », tout le monde finit par avoir la preuve que le méchant est un méchant, le gentil se fait attraper juste après avoir passé la ligne d’arrivée qui est un cul-de-sac (rappel, la course est illégale, et se déroule sur route ouverte, donc dans un mépris total du code de la route). Il refait donc un peu de taule, et se fait récupérer à sa sortie par la blondinette qui a totalement craqué sur le gentil. Fin.

Ce scénario se déroule sous nos yeux sans grande surprise, ni retournement de situation de folie, et même si les scènes d’action valent le coup, le déroulement est assez plat, même les passages sur les relations entre le gentil et la gentille sont un peu bateau, sans vraiment pouvoir ressentir une grande empathie pour les protagonistes. Ce ne sont pas les blagues des amis du gentil qui parsèment le parcours qui relèveront le niveau. J’ai déjà évoqué l’abus de l’effet « cockpit » lors des passages à grande vitesse pour mettre en valeur les réflexes du gentil. Seul éventuellement les commentaires de Michael Keaton sont réellement plaisants bien que convenus, mais là, j’avoue un biais émotionnel parce que j’adore l’acteur. Il fait un peu office de narrateur, intervenant dans une sorte d’émission de radio qu’il diffuse lui-même, mais comme on bascule entre lui et les vraies situations, difficile de ne pas se dire que ça fait doublon.

ZE truc qui casse tout le scénario

Ce qui permet à tout le monde de savoir que le méchant est un méchant et que c’est lui qui a tué le copain du gentil, c’est que la troisième voiture est immatriculée à son nom (c’est d’ailleurs Monarch Keaton qui l’annonce à tous ses auditeurs). Non je déconne pas. Les voitures sont illégales, importées en douce, donc normalement elles n’auraient pas pu se voir doter d’une immatriculation. En plus, elles sont censées appartenir à quelqu’un d’autre, donc pourquoi elle seraient au nom du méchant ? Bref, le scénario vole en éclats dix minutes avant la fin du film. Parce que dans ce cas, l’immatriculation aurait mis en cause le méchant dès le début du film (les trois voitures appartiennent à l’oncle, je le rappelle)…

Une catastrophe que j’ai du mal à comprendre sachant qu’il y a une quantité non négligeable de personnes qui travaillent à la production d’un tel film, il y a trois scénaristes, qui en plus sont partis d’un des opus vidéo-ludiques de la licence (The Run, dans lequel vous devez traverser les USA à toute vitesse). Vu les nombreuses personnes qui ont du relire tout ça avant même qu’il soit tourné, il est plus que navrant qu’une telle défaillance passe au travers des mailles du filet. Ça me rappelle le Comte de Bouderbala sur les rappeurs.

À ranger dans la catégorie moyen

Bref, si on arrive à faire abstraction de cette aberration scénaristique, et vu qu’on en demande généralement pas trop à un film de courses, Need For Speed n’est pas non plus à jeter, et j’ai passé malgré tout un bon moment devant. Et pourtant, c’est un fan de Fast and Furious et de sa montée en niveau constante qui vous dit ça. Et je ne suis plus un fan de Need For Speed, puisque j’ai lâché la licence depuis un bon moment (à peine ai-je approché la démo de celui qui est utilisé comme base du film). Votre déception dans le cas contraire pourrait être plus grande encore.

Il ne fait donc pas partie des pires adaptations de jeu vidéo qu’on a pu voir jusqu’ici, ou qu’on pourra faire par la suite (le prochain film adapté d’Hitman fait peur à voir), mais on le classera aisément dans ces déceptions telles Max Payne qui finalement auraient mieux fait d’en rester au médium d’origine, le jeu vidéo. Parce que pour faire passer certaines sensations, les yeux et les oreilles ne suffisent pas toujours. Malheureusement ce n’est pas près de s’arrêter : malgré une qualité discutable même si tout n’est pas à jeter, NFS a rapporté 200 millions de dollars pour un budget de 66 millions. On est pas sorti de l’auberge…

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Shad
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Shad

J’admire le fait que tu aies pu écrire autant de choses sur un film de ce genre. 😀
Je te rejoins sur beaucoup de choses que tu as dites dans ton article comme le fait que les goûts de la masse sont merdiques (dans la plupart des cas), on va encore se taper pendant des années des tubes de merde, des reboots, remakes et autres adaptations sans saveur.

Je n’ai pas vu NFS, je n’ai pas envie de le voir et ne le regarderai probablement jamais mais j’ai passé un bon moment de lecture avec cet article!

Meilleure adaptation: Silent Hill.