Les techniciens sont-ils déconnectés du réel ?

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En voilà une réflexion à la con, enfin peut-être pas, elle part d’un commentaire sur un article de blog de Genma à propos du projet Chatonkademy. Ce commentaire me pose plusieurs problèmes, et je pense qu’il faut prendre plus qu’une réponse sur le même article pour en faire le tour et réfléchir sur tout ce qu’il montre.

Je vais pas recoller tout l’article, seulement le commentaire, on ne sait jamais Genma le supprimera peut-être (mais il modère à priori, donc y’a peu de chances) :

> Le cloud, c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre

Un jour il va falloir se renseigner quand même… Avant de raconter des ~conneries~ inepties portées par d’autres noms de « l’informatique » (libre ou pas).
S’il faut donne rune définition au Cloud, il n’y a rien de plus faux que celle que tu donnes/reprends.
Notamment en travaillant dans une entreprise qui promeut OpenStack[1] (enfin essaye parce que ça rapporte beaucoup d’argent en prestations), qui permet de monter un cloud (privé ou pas) sur sa propre infrastructure (aka ses propres ordinateurs).

Donc le Cloud en 2018, qu’est-ce que c’est ?

Je pense que la meilleure définition qu’on puisse donner, c’est « un pool de ressources (compute/storage/network), dans lequel on peut générer des ressources virtuelles (« VM », object storage, LoadBlancer Managé, …) via une API, de manière instantanée ».

En court, de l’Infrastructure As A Service [2], sur lequel on peut poser de PaaS [3], ou du SaaS [4], ou WaaS (Whatever As A Service, tant que ce n’est pas de l’infra).

Juste un point qui m’énerve souvent, de gens qui donnent des leçons sur ce qu’ils ne connaissent pas. Car parfois, savoir fermer sa gueule, c’est aussi un talent.

Bon le premier problème c’est l’agressivité. On peut ne pas être d’accord avec le propos de l’article, mais cette agressivité semble être devenue la norme de ces dernières années, où quand on est pas d’accord il faut casser systématiquement à grand renfort d’invectives et de jurons. A croire qu’il n’y a pas d’autre forme d’expression, déjà que le niveau musical et vidéo a grandement baissé ces dernières années (enfin pas vraiment, mais les torrents de merdes sortent maintenant de leurs lits), si celui de l’expression écrite prend le même chemin le futur est vraiment pas rose. Donc balancer un « savoir fermer sa gueule », ça donne déjà une très mauvaise idée du niveau de tolérance du zigoto; rien que la forme pourrait être améliorée.

Maintenant, et là est le plus gros du problème… Faites lire la définition qu’il propose à quelqu’un qui n’a aucune compétence particulière en informatique. La personne ne comprend rien ? C’est normal, ce n’est pas une définition qui lui est destinée, c’est une définition pour des techniciens. Le genre de « leçons sur ce qu’ils ne connaissent pas », mais pour ceux qui connaissent déjà. Quand le tireur fournit les balles pour se prendre la riposte, c’est quand même chouquard non ?

On touche ici une fois de plus à un problème courant et de plus en plus présent de ce genre de personnes qui vit dans son monde en permanence : l’aveuglement à la cible du dialogue. C’est un peu comme avec la maxime « quand c’est gratuit c’est vous le produit » : on sait que c’est imparfait par définition, mais il faut resituer le public visé par ces accroches. Je sais que ça peut paraître caricatural, mais sur la masse qui regarde le journal de TF1, combien travaillent dans le domaine de l’informatique, et en particulier de l’infrastructure cloud ? Cette phrase minimaliste « le cloud c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre » est une définition simpliste, réductrice, mais qui utilise un langage pour êtres humains qui ne bittent rien à l’informatique, qui en plus parlent très mal l’anglais, et ne comprennent qu’à peine les appareils qu’ils ont dans les mains. Pour reprendre une autre expression, y’a pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre le concept.

La pizza pour présenter les niveaux de cloud

Le cloud, et même la « high tech » de manière générale, fait maintenant partie de notre quotidien, alors que personne ou presque ne la comprend, n’en comprend pas les bases, et donc encore moins les enjeux aussi bien pour la société dans son ensemble que pour sa propre vie. Et ce n’est pas avec ce genre de comportement élitiste et fermé sur soi que la situation s’améliorera, que les gens pourront aborder cet univers sans crainte et de manière responsable. Et pas besoin de savoir ce qu’est le SDN, le SDS, et que sais-je encore, pour comprendre qu’il existe des risques et des avantages dans ces technologies qu’on nous impose. Il ne s’agit pas de savoir si le service utilise Openstack, Xen, Hyper-V, OpenVZ (partez vomir), parce que ça n’a a aucune importance dans le contexte. Le cloud, c’est une infrastructure qui ne nous appartient pas, il faut donc se poser les bonnes questions concernant ce qu’on accepte d’y mettre et le niveau de confiance à y accorder. C’est là la raison d’être de cette accroche. Il ne s’agit pas de donner des leçons…

Ce comportement, je l’ai déjà vu en quantité inqualifiable sur nombres d’espaces publics en ligne et le problème n’est pas nouveau, mais avec la démocratisation du numérique ça devient de plus en plus visible et problématique. Je le vois même dans mon propre quotidien professionnel où certains de mes collègues parfois bien plus compétents que moi sont incapables de décrire un problème ou un symptôme de manière humaine pour un client dont l’informatique n’est pas sa spécialité. Qu’on se comprenne bien, il s’agit souvent d’expliquer un problème technique, c’est donc nécessaire d’avoir un certain niveau de détail associé, mais si vous commencez à cracher du chiffre et du log sans contexte ou mise en lumière pertinente, vous perdez le client facilement, parce qu’en face, ce n’est pas nécessairement son métier (sinon vous ne servez à rien en fait…).

Moi même je m’intéresse à quantité de sujets scientifiques pour lesquels je suis à des années-lumière d’avoir le niveau pour tout comprendre, et je suis éternellement reconnaissant à tous les acteurs qui prennent le temps d’amener leur science à notre portée (Isaac Asimov, Joël de Rosnay, Hubert Reeves, Neil DeGrasse Tyson, et pour les plus jeunes nourris à YouTube, Florence Porcel, David Louapre, Bruce Benamran, Dianna Cowern, Destin Sandlin, et tou(te)s celles et ceux que j’oublie ou ne connais pas mais qui font leur possible pour attiser la curiosité des foules).

J’ai peut-être un peu dérivé du sujet initial, mais voilà, on a besoin de vulgariser, c’est un exercice qui ne s’adresse pas aux experts, et ce n’est pas en venant vomir sur les gens qui font l’effort de parler à une majorité de personnes qui ont besoins de repères qu’on les aidera. A bon entendeur…

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artorixerwannMirabellette Auteurs de commentaires récents
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Mirabellette
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Autant je suis d’accord qu’il faut savoir vulgariser pour faire simplifier les problématiques complexes, autant cela ne signifie pas que la simplification doit être fausse ou partiellement vrai. Le commentaire réduit la définition du cloud à l’aspect technique. Ce qui est une définition juste mais partielle. De base, rien que d’utiliser le terme de cloud, qui est un terme marketing, est déjà dangereux. Le plus simple à mes yeux aurait été de ramener les choses à ce qu’elles sont vraiment, ce qui donnerait selon moi: Les données qui ne sont pas héberger sur une de vos machines sont hébergées sur… Lire la suite »

erwann
Invité
erwann

Ne t’inquiète pas Seb, pour ma part j’anime des formations sur le cloud en environnement réglementé pharma et j’interviens dans différentes conférences et j’utilise également cette remarque : « Don’t call it ‘the cloud’! Call it ‘someone else’s computer’! ». Car c’est évidemment la réalité, dès que l’on quitte le « cloud privé on premice ». A ce titre, je te fais volontiers « cadeau » des citations suivantes : Replacing all instances of the word “cloud” with “somebody else’s computer” might make organisations stop and think about the security implications of cloud computing. http://www.grahamcluley.com, 2013-12-03 The “trendy” use of the word “cloud” has been responsible… Lire la suite »

artorix
Invité
artorix

salut
« (sinon vous ne servez à rien en fait…) » : m’a fait sourire, c’est en fait une bonne question 🙂
ah zut, mon commentaire ne sert à rien non-plus 😛
ben je m’en va, bizoux les gens bons