Petit inventaire des disques dur à jeter

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J’ai posté sur Twitter une photo d’une pile de disques durs qui trainaient depuis des années. Certains ne sont pas encore passés à la loupe, et j’ai décidé de faire un petit inventaire, déjà des bestioles parce qu’en les regardant de plus près physiquement, c’est intéressant, ensuite parce que leur contenu pourrait éclairer sur l’étendue de l’ignorance des utilisateurs quant à ce qu’ils abandonnent.

Pour rappel, voici la photo :

Pour les analyser, j’ai à disposition un Dock, certes USB 2.0 mais qui supporte l’IDE/P-ATA de bureau (important), le SATA, et l’IDE « mobile », qui n’utilise pas le même connecteur contrairement au SATA qui lui est universel (il a même été utilisé tel quel pour les SSD, même si maintenant il a atteint ses limites).

Alors je n’ai pas forcément en tête l’origine exacte de tous les disques, évidemment les disques en 2,5 pouces sont tous des disques d’ordinateur portable, ces même ordinateurs portables proviennent pratiquement tous de la déchetterie voire du ramassage des ordures. J’ai en effet un ami qui un temps m’abreuvait de ces cadavres pour que l’on joue à Frankenstein – moralité il en a utilisé un comme ça pendant presque 4 ans avant qu’il ne meure définitivement de sa belle mort, à l’age de 9 ans. Comme quoi c’était très con de le jeter à la poubelle aussi vite.

En guise d’outils, parce que j’avais envie d’utiliser mes deux grands écran, j’ai bossé sous Windows. Tous les disques ont été scannés avec Kaspersky Internet Security 2016 avant d’être analysés, j’ai utilisé CrystalDiskInfo pour en récupérer les infos SMART quand elles étaient disponibles et Linux Reader si d’aventure il y avait une partition non Microsoft dessus.

Côté fouille, je ne serai pas aussi exhaustif que mes anciennes expérimentations, elles sont cependant toujours valables, je vais juste me concentrer sur l’essentiel, les dossiers courants (bureau, documents, téléchargements). Pour les disques « vierges », j’ai tenté le coup d’un Recuva pour voir ce qu’il pouvait trouver.

Allez, c’est parti.

Les 2.5 pouces

Hitachi 160Go, SATA, récupéré d’un laptop ACER

C’est pas mal pour un disque fabriqué en novembre 2007. Toutes les valeurs ne sont pas forcément exploitables, mais l’essentiel est là. Par contre, il fait un de ces bruits quand il gratte, c’est pas beau à entendre.

01-Hitachi-160-sata-acerCôté contenu, on a droit à un Windows Vista (SP1 vu les numéro de versions), avec un dossier de profil, bien maigre : quelques photos, quelques traces de logiciels, rien de très compromettant, je pense que la personnes stockait tout sur un support externe.

Samsung HM160HI, SATA, laptop HP

Novembre 2008 pour ce joujou qui a un peu plus souffert manifestement :

02-samsung-160-sata-hpUn autre Windows Vista, ce coup-ci sur une seule partition (modulo la partition de récupération), un seul utilisateur, et là, par contre, c’est la fiesta, je sais que la fille du couple a étudié à l’étranger, photos de l’avenant à l’assurance ainsi que de la carte d’étudiante internationale. Études qui ont payé puisque j’ai sous les yeux le diplôme d’ingénieur en mécanique (grade de master) de l’université de Belfort. Pas mal de photos de famille et de voyage, un profil Firefox, des fichiers PST d’outlook, bref, y’aurait de quoi se faire plaisir je pense avec quelques comptes en ligne à la clé.

Hitachi 5K320-160, SATA

Bestiole de 2009 à la santé très mauvaise (cf secteurs instables) :

03-Hitachi-5k320-sata-J’ai du créer une partition vide pour pouvoir lancer Recuva. Il annonçait deux heures de scan, je n’ai pas eu la patience mais je pense que là encore, il était possible de récupérer plusieurs infos.

Seagate Momentus 5400.5, SATA

Un « monstre » de 2009 proposant une capacité sympa pour l’époque de 320Go :

04-Seagate-5400.5-320-sata-maman24000 heures, il a vécu le gaillard ! Bon celui-là, c’était celui de ma maman, qui provient du laptop à qui elle a fait prendre une douche de thé. Je ne vais donc pas m’étendre sur le sujet, je sais exactement ce qu’il contient. Dommage qu’il soit déjà aussi vieux et manifestement souffreteux (nombre d’erreurs et d’opérations avortées assez important je trouve), j’aurai pu le garder pour la taille qu’il propose.

Western Digital Scorpio Blue, mIDE

Plutôt récent par rapport aux confrères en SATA, il propose une surface de 250Go :

05-wd2500beve-pataUn Windows 7, plus une partitions de données. Pratiquement rien dessus, et une organisation de dossiers qui me ressemble un peu (remember), je pense que j’ai réinstallé ça pour un pote (voire mon cousin quand je vois le nom du compte), par contre, rien dedans non plus.

Y’a peut-être moyen de creuser avec Recuva, mais la flemme. Ceci dit vu son état, je le garde. J’ai un boitier PATA pour le transformer en disque externe USB, ça remplacera le 100Go qu’il y a dedans et qui a de la bouteille (2005).

Toshiba MK2018GAP, mIDE

Un PATA, de la taille vénérable de 20Go, manifestement datant d’avant 2006, avec des pistes qui indiqueraient même 2002, et il est en assez bon état et n’a pas passé tant d’heures que ça :

06-toshiba-mk2018gap-pataPlus étonnant, je découvre une partition Linux contenant une puppy linux, sur laquelle je ne trouve pas de /home. Rien de transcendant dans le /root non plus, ça n’a pas du beaucoup servir. Il va quand même finir à la retraite, à cause de son aspect technique dépassé (vitesse de rotation, taille riquiqui, interface), mais clairement, c’est dommage de le jeter à la poubelle parce qu’il est en parfait état de marche.

Seagate Momentus 4200.2, mIDE

Extrait d’un portable de marque Acer, ce disque dur fabriqué en 2006 est en assez mauvais état vu le peu d’heures qu’il a au compteur :

07-4200.2-pata-acerLe trolleur qui dort en moi pourrait dire « c’est parce que ça vient d’un Acer ». Il n’y a pas nécessairement de lien entre les deux ceci dit. Et attention, bingo, c’est un Windows XP SP2 qui peuple la partition principale. Des données qui remontent à 2008, de la part d’un adolescent, qui a (mal)heureusement abusé d’MSN Messenger, dont l’historique de toutes les conversations sont archivées dans un dossier lisible par tous. On a également quelques idées des goûts musicaux de l’asticot. Et pour la première fois, j’ai détecté un virus. Rien de méchant, que ne saurait bloquer KIS (en même temps ça remonte à 2009, j’espère bien qu’il est efficace !).

Fujistu mht2080at, mIDE

Un disque de 80Go fabriqué en octobre 2004, dans un état une fois de plus pas beau vu le peu d’heures de fonctionnement :

08-fujitsu-mht2080at-pata-hpUn Windows XP aussi tient. ce qui n’est pas complètement aberrant, j’ai moi-même utilisé XP SP3 jusqu’en 2009 où je suis tombé amoureux de Windows Seven, adopté dès la première beta publique malgré les problèmes qui sont restés accrochés à mon matériel jusqu’au bout (qui n’a jamais eu de problèmes avec des pilotes Creative ?).

Curieusement le dossier de l’utilisatrice m’est refusé sous Windows, qu’à cela ne tienne je sors le Chromebook et branche le dock dessus. Rien de transcendant cependant, à part quelques photos de vacances et un peu de musique, tout de même deux numéros de comptes qui trainent là (dont un marqué compte joint). Vu l’âge des données pas sur que ça soit dommageable, m’enfin, c’est dans la nature sans contrôle malgré tout.

Hitachi Travelstar, mIDE

Septembre 2004 pour l’année de naissance de l’avant-dernier disque de 2.5 pouces que l’on a entre nos mains, extrait d’un laptop Medion :

09-travelstar-pata-medionSans surprise, c’est une fois de plus Windows XP qui nous est présenté sous les yeux, sans grand intérêt, c’est celui du père d’une amie, les seules choses qui s’y trouvent sont des photos et des documents liés à son club de chasse. Ce n’est pas un gros utilisateur d’informatique. A part que quelqu’un a installé eChanblard sur ce pc !

Toshiba HDD2H01, SATA

Oui je pensais les avoir tous regroupés comme il faut avant de commencer, et il restait un SATA qui trainait sous un de mes écrans. Voyons voir si cette bestiole de 2008 arrachée à un chassis HP tient encore la route :

10-toshiba-hdd2h01-sata-hpJ’ai envie de dire que les erreurs qu’il a pu commettre sont avant tout dues aux multiples secousses qu’il semble avoir subi (536 erreurs dues à des chocs ou des vibrations externes). Bref, avant de le jeter étant donné sa jeunesse et son espace confortable de 320Go, voyons voir déjà ce qu’il nous réserve.

Un Windows 7 manifestement, et vu le nom de l’utilisateur je sais à qui il appartient, c’est même moi qui l’ai installé en 2015. Malgré mes scrupules à fouiller dedans, je pourrais même pas gueuler sur la personne qui l’a laissé en l’état puisque c’est moi qui l’ai également démonté de la carcasse de son pauvre laptop décédé, et j’ai très certainement proposé, après avoir transféré toutes les données sur une nouvelle bécane, de le détruire par mes soins. Donc celui-là, je vais en faire un backup avant de le wiper pour le réutiliser.

Fini les petits, on passe aux gros (enfin, tout est relatif).

Les 3.5 pouces

Seagate barracuda 7200.9, SATA

Quand j’ai dit relatif, c’est que ce truc né en 2007 ne fait que 80Go, et a la particularité d’être assez fin, et bruyant :

11-barracuda-sata-galaCôté données, c’est vite vu, pareil, c’est un démontage de ma part après avoir déclaré la mort du PC de ma frangine (et obviously c’est moi qui l’avait installé). Celui-là va rester en l’état et probablement être repackagé en disque externe pour lui rendre. Y’a pas mal de photos de différentes personnes qui n’ont rien à faire en public, et c’est pas garanti qu’elle aie la totalité (ma sœur n’est pas vraiment du genre à pratiquer le 3-2-1 voyez-vous).

Western Digital Caviar Blue, SATA

Petit jeunot de 2010 comparé aux modèles que j’ai comparé jusqu’ici, et pourtant à peine 160Go au niveau de bruit assez violent :

12-western-caviar-sataCeci dit, il est en très bon état pour son nombre de « kilomètres », à savoir plus de 37000 heures. Plus surprenant, ce sont des partitions Linux qui trainent ! En fait non, c’est le disque dur système de mon serveur OpenMediaVault, qui est en souffrance, éteint depuis l’été 2015 après un gros pépin sur le RAID (qui, la dernière fois, avait tout de même redémarré deux des trois disques de la grappe).

Je le garde donc de côté pour tenter de finir de récupérer des trucs dessus (par flemme de réassembler le RAID à la main même si c’est toujours marrant à faire de temps en temps). Ensuite, vu le nombre d’heures au compteur, je ne sais pas trop si je vais le garder. Il est sacrément bruyant en plus…

Seagate Barracuda 7200.10, IDE

Une belle bête de 2007 qui semble avoir été récupéré d’un boitier LaCie externe. Point de capture puisque point de données SMART sur le monsieur. Une seule partition de 300+GO qui semble vide.

Recuva me prouve évidemment le contraire, mais j’ai eu une bizarrerie, après le premier scan il m’a sorti une erreur cryptique comme quoi il n’arrive pas à déterminer le type du système de fichiers. Pas grave, je ne pense pas le garder, et les photos trouvées au premier scan ne sont pas vraiment passionnantes.

Maxtor DiamondMax D540X-4K, IDE

Là, c’est presque de l’archéologie, quoiqu’on a déjà frôlé la discipline avec l’un des 2,5 pouces. En effet, je n’ai pas de date de fabrication sur ce disque de 20Go, mais rien que la marque Maxtor, absorbée par Seagate depuis, devrait faire des étincelles chez les plus anciens d’entre vous.

Toujours pas de SMART pour cette vieille turbine (ce son, quelle horreur), ce qui est moins surprenant que pour le précédent. Une seule partition vide, Recuva me sort la même erreur que précédemment. Apparemment ça serait à cause de la déclaration des partitions qui le gênerait, mais ça ne gêne pas Windows. Bof, de toute façon, pas question de le laisser fonctionner plus longtemps, mes oreilles saignent déjà.

Western Digital Protégé WD200, IDE

Là on touche au plus ancien de toute la bande, la momie de 20Go date de décembre 2000. Pas de SMART, mais pire, il est vu comme non initialisé, en même temps, il ne semble pas tourner (même pas de bruit de rotation des plateaux), donc pas la peine de s’acharner.

Seagate Barracuda 7200.10, SATA

Le cousin du Seagate précédent, un poil plus jeune et plus gros avec ses 360Go sur la balance :

13-barracuda-sataAprès analyse rapide, il s’avère que c’est un ancien disque de données de mon PC de jeu que j’ai utilisé pour tester Serious Sam 3 sous Linux. Comme il est en bon état, avec peu d’heures au compteur, je pense que je vais le garder pour le proposer à certaines personnes lors d’une réparation (comme de toute façon j’ai plus gros à disposition…).

Western Digital Velociraptor, SATA

Ce disque atypique de 150Go est un faux 3,5 pouces, car c’est en fait un 2,5 pouces enchassé dans un radiateur énorme pour gérer son refroidissement, et pour cause : il tourne à 10000 tours par minutes, là où la majorité des modèles présentés tournent à 5400 tours et quelques rares à 7200. A noter que sur le papier, grosse vitesse de rotation signifie temps d’accès court et plus gros débit, mais en pratique, il faut une correction d’erreurs maousse pour encaisser le surplus de vibrations que ça entraîne.

14-velociraptor-sataSi je sais en parler aussi bien, c’est qu’il a été mon disque principal pendant pas mal d’années. Jusqu’à ce que je passe au SSD en fait, avec le Crucial M4. Entre temps, cette machine a gratter a été recyclée en disque principal pour une machine de test qui réutilisait du matériel d’occasion trainant un peu partout. Y’a des chances qu’il termine sa vie comme ça d’ailleurs, comme disque dur de test.


Verdict : comme prévu

Que penser de tout ça ? Eh bien on voit une fois de plus que les gens ne font absolument pas attention à ce qu’ils jettent. Si on n’a pas rencontré de cas aussi violent que celui présenté la première fois, il faut aussi se souvenir que je n’ai pas non plus passé beaucoup de temps sur chaque disque, je n’ai pas cherché profils de navigateur, boites mails, bref, tout ce qui permettrait de monter un profil et/ou d’accéder à des services en ligne avec les mots de passe inévitablement stockés dans ces profils de navigateur. C’est encore plus flagrant avec les disques d’ordinateur portable.

Côté disque dur de bureau, pour les rares que j’ai pris le temps de scanner un peu, pareil, mais le fait que Recuva lutte avec les disques IDE ne m’a pas non plus spécialement motivé. Mais quelqu’un de motivé pourrait trouver quelques dossiers, c’est certains.

Également, on constate que je ne jette rien, entre celui du PC décédé de ma sœur à mes anciens disques persos, en passant par ceux des connaissances, aussi bien le fait qu’ils pourraient resservir que le fait de ne pas jeter quelque chose d’exploitable par d’autres, je suis très prudent sur la circulation de ces réceptacles de données.

On constate aussi que l’état de santé d’un disque dur n’est pas spécialement dépendant de son nombre d’heures d’utilisation, encore plus dans le cadre de disques destinés à des machines portables, dont les vibrations et les différents chocs sont difficilement encaissés par des parties mécaniques mobiles. Le SSD est vraiment salvateur en ça, il permet de s’affranchir de pratiquement tous les problèmes : pas de parties mobiles, pas de bruit, moins de chaleur.

Comment se débarrasser d’un disque alors ?

Les conseils sont alors toujours les mêmes. Pour un disque à jeter, le marteau reste une parade quasi-incontournable. Un tournevis également, rien que le fait d’ouvrir physiquement le disque, qui ne supportera pas la moindre poussière (l’espace séparant la tête de lecture du plateau étant plus fin qu’un cheveu), s’il tourne en plein air il sera vite rayé à un point assez avancé empêchant toute lecture correcte. Le mieux étant de le faire tourner soi-même à l’air avant de le jeter pour s’assurer du truc. Combinez tournevis et marteau, et vous êtes assuré de ne rien laisser d’exploitables à d’autres.

Si vous comptez le donner/vendre à un tiers, alors un passage par un formatage bas-niveau s’impose à minima. Sous Linux vous avez la possibilité aussi d’utiliser les outils de base, comme proposé par Korben récemment.

Bref, définitivement, ne jetez pas vos disques durs sans vous en occuper d’abord. Ne jetez pas non plus vos smartphones trop vite, car le principe reste le même (mais ça sera pour un prochain épisode).

PS : Pour une raison que j’ignore, j’ai envie de vous signaler que cet article m’a pris au bas mot 10 heures de boulot entre manipulations des disques, les tests, les recherches, l’écriture. Et ça vaut pour pas mal d’articles. Je n’en suis pas encore à mettre un compteur, comme Philippe Scoffoni, mais c’est intéressant tout de même.

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Oby
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Oby

vraiment très intéressant comme article, merci d’avoir posté les données SMART, ca pourra entraîner certaine personne a diagnostiquer leur disque 🙂
J’ai quand même du mal a comprendre certaine donnée.
pourquoi certain on une valeur actuel à 100 alors que la valeur brut indique une valeur non nulle ? (notamment pour le taux d’erreur du Fujistu mht2080at, mIDE)

et c’est intéressant de voir que tu as mis environ 10h pour écrire cette article, chapeau l’artiste 😀

Webmail
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Attention, les données peuvent quasi toujours être récupérées, même si l’ordinateur contenant le disque s’est consumé en entrant dans l’atmosphère…

dun
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dun

Très très chouette article, merci !!