Office 365, où comment le « Libre » ne rattrapera jamais complètement son retard

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Depuis début Juillet, je travaille dans une société dont les outils de travail internes reposent en grande partie sur du logiciel Microsoft : Windows Server, Active Directory, et donc Office 365 « full stuff » pourrait-on dire, et pléthores de services maison qui reposent dessus. Pour les avoir utilisés pendant un mois, le constat que fait souvent Philippe Scoffoni sur le retard du logiciel libre face à ces solutions prend tout son sens pour moi : la comparaison est même impossible.

Imaginez : Tout Microsoft Office, dont Skype for Business/Lync, tout ça de partout et sur toutes les plateformes ou presque (avec certes quelques écarts de fonctionnalité). Je peux commencer à répondre aux clients alors même que je suis une fois de plus coincé dans le RER en me rendant au bureau, tout en prévenant les collègues que je ne serais pas à l’heure à cause d’une énième panne sur du matériel qu’on ne veut pas réparer parce que le budget part dans les mauvaises poches (ou plus malheureusement, quand une personne passe sous les roues d’une rame). Et pour ça, il n’y a pas besoin de grand chose à installer ou presque, voire rien du tout avec les versions Web proposées par le géant de Redmond. Une praticité qui est à des années lumières de ce qu’on peut trouver en solutions libres, éclatées, difficiles à faire interagir entre elles, et aux interfaces toutes différentes, sans parler de l’absence de versions « universelles », les webapps.

C’est un gros point faible de la philosophie du logiciel libre : faire une seule chose, mais le faire bien. Oui mais quand on veut assembler plusieurs choses ensemble, le travail à produire est parfois monumental, et les difficultés d’intégration se ressentent très vite. Et puis chacun prêchant pour sa paroisse, au final, pour avoir le même niveau de fonctionnalités, vous avez besoin de discuter avec bon nombre d’interlocuteurs, quand Microsoft est seule face à vous, sachant répondre à toutes vos questions ou presque avec une seule solution. Les intégrateurs comme Smile ont bien du courage.

Un exemple certes pas nécessairement destiné aux professionnels mais plutôt aux associations et aux particuliers, c’est YunoHost. C’est pas mal fait, ça installe tout ce que vous voulez en deux clics, et ça vous fait le travail de pré-configuration, parce que tous les services utilisés n’ont pas forcément un système commun de gestion des comptes. Mais ça s’arrête là, question intégration visuelle, c’est une catastrophe, chaque application est livrée avec son thème par défaut, ses couleurs, ses formes, sa philosophie d’interface. J’ai vaguement tenté d’harmoniser les modules que testaient VP-Network pendant sa validation technique, j’y ai passé deux heures juste pour supprimer des choses des CSS, sans même avoir pris le temps de tenter d’en tirer une cohérence de couleur. Le portail lui-même de YunoHost ne semble pas facilement personnalisable sans avoir à mettre les mains dans le cambouis au risque de faire sauter des choses lors de futures mises à jour. Et ça vaut d’ailleurs aussi pour mes modifications apportées aux thèmes (encore qu’il est possible de la jouer autrement). Pas simple, d’autant qu’en termes d’ergonomie, chacun vient avec sa philosophie, sa méthode d’organisation des menus, ses raccourcis clavier…

Du côté des suites bureautique en ligne, c’est le grand désert pour le moment, même si maintenant que LibreOffice a terminé son nettoyage avec la version 5 fraîchement sortie, les gars de la Document Foundation vont pouvoir s’y coller plus sérieusement. De son côté, Google continue d’offrir gratuitement sa suite en lige Docs aux utilisateurs de Google Drive. Une façon certes légèrement différente de procéder, mais qui permet un constat : ça fonctionne déjà, ça vous coûte rien (en argent, pour le reste, c’est vous le produit, ça fait des années qu’on vous bassine avec ça, si vous comprenez pas, on peut rien pour vous). Chez Microsoft, l’abonnement 365 vous donne accès à toutes les possibilités ou presque (Microsoft s’y attelle) dans un navigateur tel Firefox, quelque soit votre système d’exploitation. Universel, ou presque.

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Je ne dis pas que les solutions libres ne fonctionnent pas, de plus en plus d’entre elles sont notamment capables de s’articuler autour  d’un annuaire LDAP (une fonction que propose même Active Directory, qui fait d’ailleurs même travail), mais le fait d’avoir l’impression de devoir apprendre autant de philosophies de fonctionnement qu’on dispose de logiciels est loin d’être sexy, quand l’interface certes trop blanche des rubans Microsoft est la même partout, on n’a pas besoin de chercher où sont les fonctions (enfin presque, mais je suis un vieux chieur). Sans parler du fait que certaines solutions libres très intéressantes ne sont pas forcément très bien localisées, et quand les gens ne sont déjà pas à l’aise avec leur machine, leur imposer une langue non native ou un logiciel mal traduit, qui donnera alors un aspect « pas fini », n’aidera pas à les mettre en confiance.

L’ironie dans tout ça, c’est que ma principale activité au sein de l’entreprise est de gérer au quotidien des machines d’hébergement de sites Web, sous CentOS (et certaines sous Debian), avec des configurations maintenues par puppet, des serveurs DNS utilisant Bind. Bref, on sait au besoin s’appuyer sur des solutions libres, et on sait les relier aux outils existants. Pragmatisme.

On va dire que je chipote, mais pareil : citez moi une seule solution de virtualisation « libre » capable de rivaliser avec la puissance d’un ESXi/vCenter pour gérer un datacenter « virtuel ». OpenStack est intéressant comme plateforme de base, mais son utilisation demande irrémédiablement des adaptations, et même des mastodontes comme OVH finissent par proposer également du VMWare tellement l’utilisation est plus simple. Et c’est ce qu’on utilise pour la partie de plateforme qu’on propose chez nous, parce qu’il rend une quantité de services « out-of-the-box » qu’il est difficile de trouver ailleurs. Au prix de la fermeture des outils et de leur tarif.

Et pourtant, tout n’est pas noir : que ce soit la Gendarmerie Nationale avec son parc, ou l’Université Lille 2 avec sa solution de communications unifiées, il est possible d’obtenir des infrastructures fiables, complètes, collaboratives, à base de solutions Open source. Mais elles ont toutes un point en commun : il faut faire l’effort d’une part de s’y intéresser, et aussi de se former. La paresse des collaborateurs est une montagne que peu de RSI alpinistes arrivent à franchir.

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Raphaël SurcouF
Invité
Raphaël SurcouF

« Je peux commencer à répondre aux clients alors même que je suis une fois de plus coincé dans le RER en me rendant au bureau, tout en prévenant les collègues que je ne serais pas à l’heure à cause d’une énième panne sur du matériel qu’on ne veut pas réparer parce que le budget part dans les mauvaises poches (ou plus malheureusement, quand une personne passe sous les roues d’une rame). » Sans même parler du fait que cela est déjà possible avec toute autre solution de messagerie, SMS, pigeon voyageur, c’est sans aucune doute appréciable pour le cadre… Lire la suite »

Raphaël SurcouF
Invité
Raphaël SurcouF

« La paresse des collaborateurs est une montagne que peu de RSI alpinistes arrivent à franchir. » Oui et non. La majorité des DSI ressemble malheureusement à un conglomérats d’internes managers de prestataires dont les missions durent 3 ans maximum. Comme le choix de ces derniers est piloté par le prix/jour, les compétences et l’expérience de ces derniers n’est pas du tout garantie par rapport au poste demandé. Ajoute à cela le turn-over important de ce type de ressources et tu comprendras pourquoi les DSI préfèrent ne pas investir sur eux (alors qu’il s’agit simplement d’une vicissitude du système de… Lire la suite »

Inso
Invité
Inso

Le libre ne rattrapera pas son retard car il n’a pas les moyens du propriétaire. Tant que le libre ne pourra pas profiter de l’outil monétaire il sera en retard… Car la ou le propriétaire peut lever des fonds auprès des banques, le logiciel libre ne peux pas, car il ne garantira jamais de retour sur investissement. Il faut voir plus loin que le simple « libre vs propriétaire », le problème, c’est la marchandisation obligatoire de tout ce qui est produit, car sinon la monétisation est impossible. C’est ainsi que notre monnaie fonctionne, aujourd’hui.

JMP
Invité
JMP

Cette discussion n’a pas de sens de par le fait que les prémisses sont déjà faux. La philosophie du Libre n’a absolument rien à voir avec faire une chose et la faire bien (au mieux c’est lié à la philosophie d’Unix), la philosophie du Libre se trouve dans la GPL et tourne uniquement autour des droits et devoirs sur les logiciels que l’on utilise. Ici, ce qui est en cause, ce sont les motivations à faire du Libre, et encore une fois, l’auteur se plante royalement dans son constat. La communauté du Libre, si elle existait, n’aurait aucun retard à… Lire la suite »

Mr Xhark
Invité

Entièrement d’accord avec toi. VMware fait d’ailleurs parti des exemples que je cite à chaque fois, parce que ça marche aussi bien que ce que ça coûte 🙂 Après il faut composer avec budget, souvent ridicule ou absent, ce qui force à se tourner vers des techno libres. Certes plus difficiles à appréhender, ça ne sort parfois pas de jolis graphiques comme les boites noires propriétaires, mais une fois bien customisé aucune solution propriétaire ne permet de remplacer la solution sans contrepartie. Il faut composer avec le type de structure, taille de l’entreprise, philosophie vis à vis des technos et… Lire la suite »

Christophe
Invité
Christophe

Pour vmware tu as ovirt ou la suite redhat virtualisation. Ne confond pas cloud et virtualisation…