Linux et moi, une relation amour/haine depuis plus de 10 ans

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Après avoir longuement parcouru les commentaires sur ce billet « pensées profondes et remises en question » de Fred bezies, je me suis dit qu’il serait intéressant de revenir sur mon rapport à Linux. Après tout, si je suis capable d’en déceler les forces autant que les faiblesses, ce talent ne sort pas de nulle part. On va donc plonger dans le passé, un peu comme quand je vous avais transporté en 2002. Ça tombe bien, c’est quasiment par là qu’on commence.

Je ne vais pas refaire tout l’historique de mon rapport à l’informatique, parce que ça remonte à mes quatre ans avec un Amstrad CPC 664. On va directement se rendre fin 2002/début 2003, peu de temps après mon entrée en FAC, pour ce qui s’appelait encore à l’époque un DEUG MIAS (Math, Informatique et Application aux Sciences) à Rouen; Mont-Saint-Aignan pour être précis, et à l’UFR Sciences et Techniques si on veut vraiment être précis, et un peu pompeux en fait. En effet, je choisis comme option de deuxième semestre « Introduction à Unix » (un truc dans le genre, le titre exact est devenu flou dans mon esprit).

What ? Je n’avais jamais entendu parler d’autre choses que Windows, Mac OS pour les Mac, et un peu OS/2 que je n’avais aperçu qu’à cause d’un double boot avec Windows 3.1 sur une machine du collège Louis Pasteur à Noyon. Je n’avais encore jamais écrit une ligne de code HTML, Mon ordinateur tournait encore fièrement avec Windows 98SE (je n’avais alors que 64Mo de mémoire vive dedans, trop peu pour XP qui n’avait qu’un an d’ancienneté–Oui, 64Mo, pas d’erreur). Bref, l’âge de l’ignorance et de l’insouciance (je travaillais sans antivirus).

Et là, j’entends parler d’un monde nouveau, aux concepts curieux mais qui m’attirent tout de suite : Unix, Linux, logiciel libre… Un OS gratuit et redistribuable légalement sans avoir à raquer à chaque fois et sans pirater ? Un OS dont on peut connaître les rouages pour vérifier qu’il ne nous fait pas un enfant dans le dos ? Ni une ni deux, je commence à faire des recherches. À l’époque, j’utilisais Lycos et pas encore Google (ou DuckDuckGo qui n’existait pas de toute façon) pour faire mes recherches, et je me renseigne sur ce qui est utilisé sur les serveurs de la fac à l’époque : Red Hat Linux 7.2. Impossible de l’avoir, ce n’était pas dans mon budget, ma conversion quasi-religieuse vers les pâtes et les kebabs était déjà en cours.

Au fil des pages, je découvre le monde des distributions, celui des serveurs, mais je n’ai pas les moyens de récupérer les images ISOs ainsi que les graver, je n’ai qu’une connexion 56k. Pour info, un CD standard fait 650Mo. À une vitesse de pointe de 4ko/s, il faut théoriquement 166 400 secondes, soit un peu plus de 46h. Et ça en espérant aucune coupure, et sans rien faire d’autre, avec le vent dans le dos. Impossible, AOL coupait toutes les 24h pour changer d’adresse IP, et pire, le débit oscillait plutôt autour des 3ko/s (merci l’encapsulation bien lourde). Fort heureusement, déjà à l’époque des magazines existent, et Planète Linux est là pour me sauver. Mon premier vrai contact personnel avec une distribution Linux sera donc Mandrake 8.2 (je vous laisse lire la version des composants embarqués). Trois CDs qui regroupent les logiciels disponibles pour la distribution, pour l’installer sur sa machine (seul le premier est vraiment vital, suivant le bureau choisi), et on peut déjà faire du multi-boot, c’est à dire l’avoir à côté de Windows sans faire de mal à celui-ci. L’installation était plus laborieuse à l’époque : pas encore de Live CD par défaut (seul Knoppix semblait le faire, du moins à ma connaissance), la sélection des paquets était à faire à la main, et c’était donc assez lourd à installer. Mais ça fonctionnait, et assez vite vu la machine.

L'intégralité de la distribution sur 3CD, la classe.

L’intégralité de la distribution sur 3CD, la classe.

Et là, premières déconvenues : ça fonctionne bien, certes. Mais encore plus à l’époque que maintenant, les problèmes de pilotes ramènent à une cruelle réalité : aucune accélération graphique, et un autre très gros problème qui me fera abandonner directement sans même chercher à corriger le problème : il n’est pas possible de se connecter à AOL en 56k. En effet, ce n’est pas une connexion standard, mais repose sur un système de tunnel type VPN propriétaire qui évidemment n’existait que dans le programme AOL pour Windows et Mac OS, et aucune source de disponible. Donc Mandrake reste, mais sert très, très peu, à peine pour pouvoir expérimenter les concepts appris en cours.

KDE_2.2.2

KDE 2 à l’époque de Mandrake 8.2. Remarquez : oh des bureaux virtuels, comme ce que proposera Windows 10. Sauf que là, c’est en 2001…

Je ne l’abandonne pas pour autant : dès que la version 9.0 sort dans Planète Linux (encore et toujours lui), je l’installe en remplacement. Toujours le problème AOL, mais ce coup-ci, j’ai pris le soin de télécharger le pilote Nvidia pour ma carte de l’époque (GeForce2 MX 200, woot) avant de redémarrer; trois quart d’heure à jouer au solitaire et au démineur le temps qu’il arrive. Car oui, Nvidia propose déjà un pilote pour Linux à l’époque. Après installation et configuration, j’ai une machine presque pleinement opérationnelle. J’ai même découvert au détour de mes nombreux passages en boutiques de jeux vidéo et matériel informatique qui pullulaient dans Rouen à l’époque, une version Linux de Quake 3 Arena, que je pratiquais en LAN, sous Windows. Et là, nouvelle désillusion : des problèmes au niveau du son. J’ai une carte relativement basique, mais c’est au niveau logiciel que ça pose problème : Quake 3 utilise le système OSS alors que Mandrake, et surtout ma carte son, utilise le système ALSA. Donc pas de son, et si j’installe un wrapper (convertisseur dans la langue de Molière) comme conseillé à l’époque, j’ai un son décalé de près d’une seconde. Pas sexy. Et donc ça retombe dans l’oubli. Puis Mandrake 10.0, Mandrake 10.1, même combat.

Arrive mon premier contact avec Debian 3.1 « Sarge ». Je découvre pour l’occasion le projet Debian, qui est une sorte de super association, contrairement à MandrakeSoft ou Red Hat qui étaient/sont des sociétés commerciales. Huit CD de logiciels, un installateur certes en mode texte, mais finalement moins contraignant sur le choix des paquets à installer. Je découvre à l’époque les paquets .deb, et par la même occasion Canonical qui a sorti la première version d’Ubuntu fin 2004, mettant il est vrai un sacré coup de pied dans la fourmilière de l’installation des distributions Linux. Et ça en se basant sur Debian, sa branche sid pour être précis. Malgré un univers qui m’attire plus, je rencontre au final les mêmes problèmes que sous Mandrake/Mandriva, avec en prime des soucis pour installer les pilotes Nvidia. Un retour en arrière donc sur ma machine de bureau, et un nouvel abandon.

Février 2006 : j’accède enfin au Saint Graal du 21° siècle d’alors : le « haut débit ». Imaginez : ADSL 1Mbps descendant, 128kbps montant, le tout pour 30€ sans engagement, chez Free. Non dégroupé, cela va de soit à l’époque (Free ne dégroupera que fin 2010 chez moi, ce qui me permet d’accéder au mirifique débit de 3Mbps). Le jour où la fracture numérique de la campagne n’existera plus, ça se saura. Et miracle, plus besoin de VPN propriétaire fermé, ni de logiciel de connexion pourri, une vraie connexion réseau, par Ethernet, enfin, la promesse donc d’attaquer le nouveau monde avec une machine sous Linux. Las, un nouveau problème se pose entre temps. Je ne l’ai pas mentionné plus haut, mais à une époque où rien n’était intégré dans un ordinateur, j’avais opté pour une carte réseau PCI lambda, mais dont le pilote n’était pas inclus dans le noyau, m’obligeant à récupérer les sources sur le site du fabricant de la puce (ce qui était extrêmement rare) et le compiler moi-même. Compiler un module noyau sur un Celeron 400 MHz est une aventure que je ne vous souhaite pas. Bref, après sa mort pour cause d’utilisation intensive sous Windows, j’en achète une en demandant spécifiquement à avoir ce qui était une référence à l’époque, le RTL8139 de Realtek, qui était très bien supporté. Jusque à la révision C de la puce. Et pas de bol, j’ai la révision D, qui n’aura jamais de pilote fonctionnel. Donc pas de réseau fonctionnel, ce qui veut dire toujours pas de Linux utilisable au quotidien. Rhhhaaaaaaaaa !!!!!!!!!!! Suis-je donc maudit ?

Mon amour pour les serveurs débarque quelque mois plus tard. En effet, entre temps, grâce à cet ADSL j’ai découvert les joies du jeu sur Internet, et j’ai été embarqué dans l’aventure Call of Duty 2 par un très, très bon ami, au point de rejoindre l’équipe qu’il a créé avec son cousin : la Team-Original Criminel (je plaide non coupable pour le nom). À l’époque, on jouit d’une petite notoriété : on dispose, en location clé-en-main (serveur jeu+teamspeak+site), d’un serveur public populaire, car Call of Duty 2 permettait de le modifier dans tous les coins, et les « mods » nombreux qu’ils avaient choisi rendaient le jeu bien plus nerveux. Ajoutez le fait qu’on proposait une quantité assez importante de « maps » custom, c’est à dire créé par des passionnés et à disposition gratuitement. Avec la popularité, la nécessité de puissance et de contrôle nous a poussé sur un serveur dédié chez OVH, sur les conseils d’un membre d’une équipe « amie/ennemie » qui avait opéré la bascule pour la sienne, et d’autres. L’entreprise d’Octave Klaba était déjà l’une des plus intéressantes financièrement parlant par rapport aux machines proposées, et leur réseau était bien moins important que maintenant mais déjà très performant.

Le site déménage sur un hébergement mutualisé à part, chez Online.net (qui n’était pas aussi fiable que maintenant), et les serveurs de jeu ainsi que le serveur Teamspeak 2 sont installés sur une Debian 3.1 (qui est restée en service jusqu’à la fin 2010 tout de même). Sauf qu’après une attaque sur ce fameux serveur Teamspeak (qui était une horreur de conception non sécurisée), et l’impossibilité de contacter notre « prestataire », j’ai demandé à DarKosS de mettre les mains dans le cambouis pour corriger le tir, puisque j’avais déjà quelques billes sous Linux. Comme on dit, l’essayer c’est l’adopter, et on n’a plus jamais eu besoin de contacter le gaillard qui nous avait laissé tomber. Si je n’avais jamais réussi à manger du manchot sur mes machines de manière régulière, il ne se passait plus une journée sans que je lance PuTTY pour aller triturer de la ligne de commandes, parfois sans avoir rien de particulier à faire, juste pour jouer avec le bash.

C’est aussi grâce à ce serveur que j’ai fait mes premières armes en PHP et en programmation Shell, pour pouvoir gérer les serveurs de jeu avec une interface Web plutôt qu’en ligne de commandes, histoire que les gens puissent redémarrer en cas de besoin si je ne suis pas là. Au fil des années, j’ai donc appris sur le tas, parfois en urgence, à sécuriser, sauvegarder, surveiller, faire évoluer le serveur et nos outils. Une des plus grosses évolutions, en dehors des versions successives de Debian, a été l’utilisation d’une solution de virtualisation, et en conséquence d’un découpage des services : les serveurs de jeu d’un côté, la VoIP et le Web de l’autre, et une troisième machine qui sert de VPN et de serveur de synchronisation Firefox Sync et un peu de bac à sable pour du test rapide. D’abord Proxmox, avec des containers OpenVZ puis des machines KVM, qu’on a pu réutiliser en l’état en virant Proxmox pour profiter d’un retour à une Debian stable disposant d’un noyau bien plus récent et donc performant sur le matériel dont on dispose, et donc la libvirt que je vous ai aussi présenté ici.

C’est d’ailleurs la machine virtuelle « Web » qui héberge actuellement le blog. Et c’est donc sur elle que je teste les nombreuses manipulations que je vous présente depuis plus d’un an maintenant. D’ailleurs pour revenir un peu en arrière, j’ai déjà tenté l’aventure Arch Linux sur mon précédent laptop HP, ce qui m’avait permis, après deux semaines sans interface graphique (pour le fun), et une installation minimale de KDE, de lancer World Of Warcraft. Mais le laptop avait tendance à freezer dans ce cas-là, c’était donc bien mieux, mais pas encore parfait. Depuis j’ai changé de machine (un cadeau d’anniversaire très « particulier » pour lequel je remercie encore Arowan), et plus d’un an après j’ai enfin réussi à me débarrasser de Windows dessus. Sans parler de mon serveur perso qui officie depuis quelques années maintenant avec OpenMediaVault, basé sur Debian (Wheezy actuellement), et qui fait tourner une machine virtuelle très légère avec à l’intérieur, je vous le donne en mille, encore et toujours une Debian Wheezy. J’ai détaillé cette machine et son histoire sur le forum Homeserver.diy.

Je sais c’est long à lire et probablement barbant, alors pourquoi vous dire tout ça ? Parce que oui, adopter Linux peut être difficile encore aujourd’hui, mais je suis de ceux qui peuvent témoigner de son immense progrès en matière d’accessibilité et de support matériel. Même si encore aujourd’hui, l’installer sur une machine de moins d’un an peut s’avérer particulièrement douloureux, car les concepteurs d’ordinateurs continuent à ne suivre que Microsoft. Je peux témoigner de la difficulté de présenter aux gens un monde différent, un monde dans lequel votre ordinateur est sous votre contrôle et pas celui d’une seule société dont le seul but est avant tout de gagner de l’argent avec ce contrôle. Et donc de la difficulté de pousser à utiliser quelque chose de moins séduisant.

D’ailleurs qu’on ne se trompe pas : depuis quelques années, les sociétés cherchent à contrôler une autre partie très importante de notre vie, au travers de nos machines : nos données. Photos, documents, communications, votre voix (si vous parlez à votre console, votre smartphone, c’est enregistré)… Tout ce qui peut vous caractériser, définir votre comportement vaut de l’or dans le monde actuel, mais pas pour vous, et vous n’avez plus aucun contrôle dessus. Là aussi, des solutions sont possibles, et ne demandent qu’à devenir meilleures, à l’image de nos distributions Linux qui ont souffert pendant des années. Un contexte mis en lumière par l’arrivée récente de Tristan Nitot, grâce à qui vous utilisez Firefox et un web plus standard que jamais, dans l’équipe de CozyCloud, qui cherche, à l’instar de Framasoft et de la campagne Dégooglisons Internet, à montrer que Google, Microsoft, Apple, Amazon, n’ont pas le monopole de l’utilisation dans les nuages de nos informations, qu’on puisse les utiliser sur nos appareils sans leur consentement. Et tout ça, grâce à des logiciels libres, ceux-là même qui servent déjà à garder vos machines sous votre contrôle. Il ne tient à vous que de les utiliser. Et si vous avez besoin d’aide, vous avez au moins un serviteur : bibi.

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Je trouve cela courageux d’avoir remplacé Windows par GNU/Linux sur ton laptop. Enfin, courageux et un peu fou :). Blague à part, j’ai arrêté d’essayer d’expliquer ma relation avec Linux, pour la simple et bonne raison que je n’utilise que pour faire tourner mon serveur dédié (CentOS 7). Du reste, j’ai arrêté Linux sur ma machine perso: mon portable a toujours mieux fonctionner sous Windows (plus rapide, meilleure utilisation du ventilo), donc j’ai abandonné toute tentative. Peut être qu’en changeant le disque dur… Oui mais non, je fais de la MAO, j’ai essayé de faire la même avec le pingouin,… Lire la suite »