Ces petits moins qui vous font détester Linux

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closeCet article a été publié il y a 3 ans 2 mois 23 jours, il est donc possible qu’il ne soit plus à jour. Les informations proposées sont donc peut-être expirées, les commandes ne sont peut-être plus valides.

Si c’était le paradis, vous pensez bien que tout le monde aurait viré Windows depuis longtemps. J’ai beau avoir enfin pu me libérer, et évoqué ses points forts, il faut avouer que le chemin est encore long avant de pouvoir mettre notre cher manchot entre toutes les mains. Et pourtant, ça tient à peu de choses parfois, pire quand ce n’est pas technique.

Une structure hétéroclite

Je l’ai déjà probablement évoqué, mais une distribution Linux n’est rien d’autre qu’un immense assemblage de Lego, un empilement plus ou moins fourni de logiciels devant remplir toutes les fonctions qu’on attend d’un ordinateur moderne.

C’est très facile à comprendre : D’un côté, vous avez les « tout-en-un », Windows, OS X, Android, pour lesquels vous ne vous posez pas de question. Et de l’autre, « Linux » n’est ni plus ni moins que la partie la plus basse de tous ces systèmes, le noyau. D’ailleurs, Google utilise le noyau Linux pour son OS mobile. Pour avoir un système fonctionnel, vous avez besoin d’un init (qui est de plus en plus souvent Systemd, qu’on le veuille ou non), d’une couche graphique (le serveur X.Org, qu’on espère bientôt remplacé par Wayland pour enfin entrer dans le 21° siècle), au minimum d’un gestionnaire de fenêtres et donc d’applications qui vont avec : navigateur web, explorateur de fichiers, suite bureautique…

D’ailleurs au niveau graphique, c’est le bordel : les « primitives » d’X.Org sont très primitives justement, et pour avoir un truc un peu moins dégueulasse visuellement, on se repose souvent sur ce qu’on appelle des toolkits, des boites à outils permettant d’afficher des éléments d’interface plus poussés, plus personnalisables. Sauf que chaque toolkit vient avec sa philosophie et ses technologies, et les environnements de bureau qui s’y collent sont alors difficilement conciliables. Je suis moi-même en plein dedans : j’utilise le bureau KDE en version 4, certaines applications commencent à basculer sur la nouvelle version 5 et j’ai donc besoin de nouvelles dépendances correspondant à cette nouvelle version justement, jusqu’au thème qui se retrouve donc dupliqué. Oui je trouve ça aussi très con. Ajoutez que j’utilise abondamment Firefox et Thunderbird qui eux, utilisent les technologies GTK issues du bureau Gnome, et là, c’est le drame, on pète la légèreté que j’ai aimé encenser dans mon précédent article.

Du côté des logiciels « hors dépôts », c’est encore plus bordélique. Les distributions dérivées de Debian reposent toutes sur le format de paquet .deb. Les distributions qui gravitent autour de CentOS/Fedora/Mandriva/Mageia utiliseront le format de paquet RPM (et encore, un paquet Fedora ne peut pas s’installer sur Mageia). Les deux étant bien évidemment incompatibles entre eux. Arch Linux dispose de son propre format de paquet, Gentoo aussi, sans parler des outils pour les manipuler, chacun demandant évidemment un apprentissage dédié. Exemple le plus récent, si vous vous rendez sur le site d’Opera pour récupérer la dernière version pour Linux, vous n’aurez droit qu’à un .deb, donc si vous êtes sur une distribution qui n’utilise pas ce format de paquet, vous êtes dans le flou, pour être poli. Au moins sous Windows sous le capot c’est Windows Installer qui s’y colle. Oui ça pose ses propres problèmes, mais d’un point de vue utilisateur, il fait toujours la même chose quelque soit le logiciel (double-clic, suivant, suivant–en évitant bien de lire les conditions d’utilisation–, suivant, suivant –en oubliant de décocher les spywares qui vont pourrir la machine–, suivant, OK).

Cet assemblage monstrueux est évidemment source de conflits, bugs, plantages aléatoires. Les mainteneurs de distributions s’attellent très souvent à corriger un grand nombre de problèmes induits par les interactions entre les briques, voire empaqueter des logiciels uniquement disponibles sous formes de sources, mais avec des équipes restreintes et parfois bénévoles comparées aux milliers de développeurs salariés de Microsoft ou Google (pour ne citer qu’eux), difficile de faire mieux.

Une gestion du matériel compliquée

Le principal problème, lié au mode de développement du noyau, les pilotes. Sous Windows, si des bugs liés aux pilote du matériel apparaissent (très courant dans les jeux, avec nos cartes graphiques), vous mettez juste à jour le pilote incriminé, parce qu’évidemment tous les constructeurs se préoccupent d’abord de Windows. Sous Linux, la grande majorité des pilotes est incluse directement dans le noyau,et si vous voulez mettre à jour le pilote, ça implique souvent de mettre à jour le noyau complet.

Si le développement du noyau s’est grandement amélioré, vous n’êtes jamais à l’abri d’un « bug » qui apparaîtrait dans la nouvelle version. J’en ai personnellement fait l’expérience en passant du 3.14 au 3.15 (la mise en veille ne fonctionnait plus correctement). Suivant la distribution que vous utilisez, changer de version d’un des composants n’est pas toujours facile. De la même façon, les fabricants de matériel sont encore réticents à libérer les sources de leurs pilotes (ce qui permettrait pourtant de détecter s’ils font des saloperies), et pour certains matériels le développement se fait de manière indépendante, parfois avec de l’ingénierie inverse, sans support de la part du concepteur du matériel.

Sans parler que d’une version à l’autre, un fabricant qui malgré tout proposerait un pilote fiable même si non libre devrait s’adapter aux nouveaux noyaux qui sortent régulièrement. Les adaptations sont parfois mineures, mais nécessitent malgré tout des modifications, des tests, avant de publier ladite version. Au risque de faire hurler les libristes, Nvidia fait partie des bons élèves dans le domaine. Leur pilote est certes non libre, et a d’ailleurs fait parfois l’objet de failles de sécurité, mais leur support très réactif concernant les nouvelles versions des noyaux Linux, ainsi que des mises à jour fréquentes pour supporter les dernières cartes sorties. D’ailleurs à ceux qui râleraient à propos des failles dans les blobs propriétaires, quelques petits mots valent mieux que de longues phrases : Heartbleed, POODLE, FREAK… Toujours regarder d’abord si on est clean avant de hurler au loup. Et oui, je suis au courant de l’idiotie de la situation concernant certains des composants incriminés.

Le pire de la gestion matérielle revenant probablement aux fabricants d’imprimantes. Là, c’est au petit bonheur la chance, entre HP qui fournit un paquet complet mais non libre, Brother dont l’offre est assez disparate en termes de pilotes sans parler du fait qu’ils n’ont que du RPM et du DEB (mieux que rien il est vrai), Canon qui est à éviter comme la peste… Bref, c’est pas la joie.

Une offre logicielle souvent incomplète

Je vais laisser de côté les problèmes matériels et les conflits logiciels. Mais il y a quand même quelques griefs à formuler sur l’offre logicielle de manière générale.

Oui, vous avez souvent un choix foisonnant, et j’aime aussi citer ce choix comme étant une force. Mais comme on dit parfois, trop de choix tue le choix. Pourquoi Firefox plutôt que IceWeasel (qui sont pratiquement identiques) ? Pourquoi Elementary utilise Midori ? Et il se passe quoi si j’installe Firefox à la place ? LibreOffice ou OpenOffice (c’est pareil aussi, ils utilisent le même format), mais au fait, c’est quoi Abiword que j’ai là ? Quel client XMPP/IRC (d’ailleurs c’est quoi ça, il est où Skype ?) ? Et pourquoi j’ai pas MS Office ?

Cette dernière question est probablement la pire à laquelle répondre quand vous présentez Linux à des gens dépendants de Microsoft depuis leur naissance « informatique ». Non, il n’y a pas que Windows dans la vie, non vous n’êtes pas obligés de pirater des logiciels hors de prix pour utiliser et garder le contrôle de votre machine et de vos données. Mais quand vos données justement se retrouvent dans un format bâtard (et désolé, mais les .doc, .xls et compagnie, partiellement incompatibles entre chaque version d’Office, si c’est pas de l’enfilage à sec…), il ne sera pas toujours évident de trouver une alternative simple.

Un autre domaine qui me fait mal, et pas seulement du côté des développeurs, mais aussi des utilisateurs, Linux n’est pas encore une plateforme « Top-level » pour les développeurs « commerciaux » de jeu. Le problème des jeux libres, souvent, sont les ressources, notamment en ce qui concerne les graphismes et l’audio. Même si les choses bougent sérieusement, en témoignent l’arrivée de Steam, qui a emmené avec lui les jeux Valve, ainsi qu’une flopée de développeurs indépendants, aux ressources elles aussi limitées mais à la créativité débordante. Des gros titres comme Borderlands 2, The Witcher, ou tout récemment Dying Light et Bioshock Infinite montrent que Linux est aussi une plateforme viable pour le « gros » jeu vidéo. Ne pas oublier la plateforme GOG qui elle aussi a fait son entrée polaire. Le passage en gratuit et/ou open-source des pontes comme l’Unreal Engine 4 (qui a poussé Nvidia à publier les sources du moteur PhysX), Unity 5, le Source Engine 2 de Valve, pourrait faire monter en qualité et en quantité les jeux gratuits et commerciaux pour notre volatile. Mais avec à peine 1% d’utilisateurs, ça aide pas à motiver les troupes comme on dit.

La critique est facile, l’art est difficile

En effet, c’est facile de râler à tout va, d’autant plus quand on est utilisateur au quotidien de logiciels libres, encore plus quand mon dernier paragraphe réclame plus de logiciels non libres (les jeux sont des logiciels avant tout). D’ailleurs, Cascador le résume très bien, et je vous invite à lire les articles auxquels il fait référence (certains que j’ai lu, d’autres non).

Pour ma défense, j’aime rappeler une chose essentielle : on ne demande pas à tous les conducteurs de voiture d’être des mécanos (ingénieurs de plus en plus avec toute cette électronique toujours plus instable). De la même façon, je préfère d’abord me concentrer sur le passage du permis de conduire du logiciel libre pour les béotiens, plutôt que vouloir leur faire passer un CAP mécanique pour qu’ils en comprennent tous les rouages. J’aime autant faire passer la philosophie en arrière-plan si c’est d’abord pour leur faire comprendre que tout n’est pas commercial dans notre monde, quitte à utiliser la méthode douce/mixte (un ami vient d’installer Manjaro sur sa machine, mais son logiciel de comptes en banque n’a pas d’équivalent en dehors de Windows, donc passage par Wine; mais il a laissé tomber MS Office pour LibreOffice).

Une position qui finalement n’est pas sans rappeler celle de Cyrille Borne. Suis-je moi aussi en train de mal vieillir, à en croire certains critiques ? Peut-être. J’ai en tout cas plus de lucidité sur le fait qu’avec une majorité qui ne cherche pas plus loin que Facebook (et qui s’y rend en passant par Google…), on ne risque pas de faire basculer la population dans le pays des Bisounours du jour au lendemain. Surtout quand les Bisounours profèrent des menaces de mort pour le système d’initialisation de leur système préféré. Mais je n’ai pas l’intention de rester sans rien faire. Juste éviter de devenir intégriste, parce qu’on sait à quel point c’est une connerie…

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lavachelibre
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Au risque de dire des bêtises, les applications dépendent plus de l’environnement du bureau utilisé que du gestionnaire de fenêtres à proprement parler. Ce sont deux choses différentes 😉

jiraya
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jiraya

Bonjour pour moi c’est l’installation des paquets hors ligne c’est un vrai problème c’est dans ces moments-là Que ça me manque les exe de Windows.
Pourquoi ne pas essayer de créer un paquet qui a le logiciel et dépendance pour les installations hors ligne
Je suis utilisateur d,ubuntu

PB
Invité
PB

Détester Linux ? Depuis que je n’utilise Linux que pour travailler (tableur, traitement de texte, LaTeX, calcul mathématique, dessin (technique), mail, web, administration d’un site web), c’est le bonheur. D’ailleurs, j’utilise un gestionnaire de fenêtres/icônes/… minimaliste (Awesome) et je fais presque tout au clavier.
Par contre, pour les jeux : j’utilise … une console de jeux 🙂

Cascador
Invité
Cascador

Salute,

Peux-tu m’envoyer un petit mail afin que j’ai ton adresse mail ? J’ai eu beau chercher 3 fois (si, si, vraiment), j’ai été incapable de trouver une page Contact. Je souhaiterai taper la discut avec toi sur 2-3 sujets.

Merci, Tcho !